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L’actuariat en Amérique du Nord : une rencontre stimulante du NAAC

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par Michel Simard, directeur général

Les membres du North American Actuarial Council (NAAC) se sont réunis à Ottawa les 3 et 4 mai derniers. Composé des dirigeants des neuf associations actuarielles du Mexique, des États-Unis et du Canada, ce conseil est un lieu d’échange privilégié sur des enjeux qui ont une incidence sur la profession actuarielle œuvrant en Amérique du Nord et qui permet aux participants d’approfondir leur compréhension des références culturelles du pays hôte.  

L’ordre du jour de la rencontre était fort ambitieux. En guise d’ouverture, les membres ont été accueillis par le sénateur Pierre J. Dalphond dans l’enceinte même du Sénat du Canada, qui se trouve présentement dans l’ancienne gare d’Ottawa. Récemment rénové, ce bâtiment emblématique accueille temporairement la chambre haute pendant la réfection des édifices du Parlement. Le sénateur Dalphond a parlé du rôle et des défis de la « Chambre de second examen ». Le sénateur a souligné que 50 % des sénateurs sont indépendants et il a présenté les avantages du processus de nomination actuel, soit un processus où les sénateurs peuvent prendre la mesure des dossiers sans considération électorale ni de pression de la part des lobbyistes.

Plusieurs experts reconnus se sont ensuite adressés aux membres du NAAC. Natalia Moudrak, directrice du programme d’adaptation des infrastructures au Centre Intact, a offert un exposé sur les effets de l’urgence climatique sur l’industrie de l’assurance et des placements. Il n’y a plus de doute, les inondations sont une préoccupation grandissante pour l’industrie. Mme Moudrak a parlé de l’avantage économique des mesures préventives et de l’importance du rôle des gouvernements dans la cueillette des données climatiques, notamment dans les stations climatiques du Grand Nord canadien.

Au retour du dîner, l’ancien actuaire en chef du Canada, Jean-Claude Ménard, a offert une présentation sur le Régime de pensions du Canada (RPC). Il a été question de la récente bonification du RPC, de son financement et de la gouvernance complexe du régime, qui ne peut être modifié sans l’accord des provinces. Les participants ont également eu l’occasion d’en apprendre davantage sur le récent énoncé public de l’ICA en matière de régimes de retraite. Cet énoncé, comme vous le savez, vise à entamer une discussion sur le report de l’âge de la retraite afin de tenir compte des réalités de demain.

En fin d’après-midi, les membres ont eu l’occasion d’écouter Julie Paquette, professeure adjointe à l’École d’éthique publique de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Sa présentation, qui portait sur la notion d’intérêt public dans le contexte d’une association professionnelle, a soulevé des questions sérieuses. Ainsi, en matière de professionnalisme, quels sont les devoirs des professionnels dans le monde d’aujourd’hui? Quels sont les défis des professionnels en 2019 en ce qui a trait à l’affirmation de leur indépendance et de leur objectivité? La profession actuarielle est composée de salariés qui travaillent pour de grandes entreprises et nos membres sont, pour la plupart, des salariés qui travaillent pour des sociétés par actions, inscrites à la bourse. Dans cet environnement, quels sont les défis qui se présentent dans le quotidien des actuaires? Et quels sont les mécanismes qui permettent aux associations professionnelles de mieux appuyer leurs membres? D’excellentes questions qui, vous en conviendrez, nécessitent une réflexion approfondie.

Le lendemain matin, ce fut au tour de Daniel Gardner, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval, de nous faire réfléchir. M. Gardner a traité des tenants et des aboutissants du véhicule autonome. Ces véhicules sans volant commencent déjà à sillonner nos routes et auront un impact important sur le secteur de l’assurance-automobile. M. Gardner en a profité pour tirer les choses au clair à certains égards. Ainsi, malgré certains préjugés, la conduite des véhicules autonomes est beaucoup moins imprévisible que la conduite automobile et les nouvelles générations, contrairement aux baby-boomers, ne sont pas particulièrement attachées à la conduite automobile. Autre fait intéressant : M. Gardner a comparé le régime sans égard à la faute (régime no-fault), en place depuis plus de 40 ans au Québec, avec celui des autres provinces et des États-Unis. Selon cet expert, l’avènement du véhicule autonome n’a aucun impact sur le régime no-fault. Ainsi, la loi au Québec, qui considère que le risque relié à l’automobile n’est pas un risque privé, mais bien un risque social, n’a pas besoin d’être modifiée.

En dernier lieu, Greg Heidrich, directeur général de la Society of Actuaries, a présenté la conjoncture de la profession et ses enjeux de premier plan. M. Heidrich a souligné la compétition potentielle en provenance d’autres secteurs, notamment la comptabilité et l’analytique de données. Il a ensuite parlé de l’importance, sur le plan de la formation, à dépasser les silos traditionnels de la profession pour favoriser la capacité à collaborer avec d’autres professionnels (ingénieur, avocat, etc.). Le dénominateur commun de la profession, c’est-à-dire cette capacité qu’a l’actuaire de déterminer les sommes nécessaires aujourd’hui pour prévoir un risque ou une éventualité financière future, est applicable à bien d’autres domaines que ceux de la retraite et de l’assurance. Ainsi, les actuaires seront appelés à travailler dans le cadre d’équipes multidisciplinaires pour assurer, par exemple, la pérennité de nos systèmes sociaux et de nos ressources naturelles.

La prochaine rencontre du NAAC se tiendra à Charlestown, en Caroline du Nord, à l’automne 2019. Cette fois, ce sera au tour de la Casualty Actuarial Society de nous accueillir.

Michel Simard est le directeur général de l’Institut canadien des actuaires.

 

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