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La vision stratégique de la gestion de l’eau en milieu urbain en 2050

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Selon un rapport de l’ONU de 2014, « La population urbaine mondiale est maintenant plus nombreuse que la population rurale, 54 % de la population mondiale vivait en milieu urbain en 2014. Actuellement, les régions les plus urbanisées sont l’Amérique du Nord (82 % en 2014), L’Amérique latine et les Caraïbes (80 %) et l’Europe (73 %).  » Comme l’indiquait le rapport de l’OCDE (2015)  : « Les villes contribuent de manière importante aux économies nationales et jouent un rôle clé en tant que centres névralgiques pour les marchés internationaux... Mais les villes peuvent seulement se développer de façon durable lorsqu’elles sont en mesure de fournir de l’approvisionnement en eau et des services d’assainissement aux citoyens et de gérer les risques que représente l’excès ou la pénurie d’eau et la pollution. Les villes des pays de l’OCDE n’ont pas réglé le problème de la gestion de l’eau. Même si elles jouissent actuellement de niveaux de protection relativement élevés contre les risques liés à l’eau, elles font face à d’inquiétants problèmes, notamment la difficulté avérée à moderniser et renouveler les infrastructures existantes et l’incertitude croissante sur la disponibilité et la qualité futures de l’eau ».

Le rapport de l’OCDE fait état de plusieurs défis actuels et futurs menaçant la sécurité de l’eau en milieu urbain, notamment :
 
  • les infrastructures, à la base de la sécurité de l’eau en milieu urbain dans les pays de l’OCDE, sont vieillissantes et exigent des améliorations. Les modèles d’affaires dominants pour la gestion de l’eau en milieu urbain n’ont pas réussi à attirer les sources de financement nécessaires.
  • la gestion de l’eau urbaine se trouve confrontée à des normes d’hygiène et d’environnement plus strictes comme la pollution diffuse, la compétition pour l’accès à la ressource, l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des épisodes de température extrême (qui ont un impact sur les précipitations et l’évaporation) et plus généralement, une plus grande incertitude sur la disponibilité et la demande futures en eau. Toutefois, les villes des pays de l’OCDE sont enfermées dans des trajectoires techniques et la rénovation des infrastructures existantes est particulièrement problématique.
  • la gouvernance de l’eau dans les villes est entravée par plusieurs lacunes telles que les asymétries de l’information, la fragmentation par secteur et les capacités limitées. De plus, les structures institutionnelles sont modifiées par les lois et règlements nationaux et internationaux, les réformes territoriales, la décentralisation et la réaffectation des compétences entre les administrations. Ces changements nuisent à la capacité des villes et autres acteurs à administrer l’eau à une échelle appropriée. (OCDE, 2015:18) 

Pendant l’atelier de l’ACEPU à la Fenêtre sur Ottawa (2017) : « La vision stratégique de la gestion de l’eau en milieu urbain en 2050 », nous avons exploré les problèmes associés à la gestion de l’eau en milieu urbain. L’atelier, organisé sur un mode participatif et créatif, a discerné 4 thèmes interreliés : les villes intelligentes, la sécurité, la durabilité et la résilience comme secteurs clés qui façonneront le futur de la gestion de l’eau en milieu urbain.

Discussion sur les résultats

La vision stratégique participative et la planification peuvent éclairer la vision et la direction, contribuer à établir des buts stratégiques prioritaires et motiver les intervenants à travailler ensemble à la création d’un futur idéal. Le processus de planification traditionnel comprend l’analyse des tendances internes et externes de l’environnement, l’analyse des forces et des faiblesses, des possibilités et des menaces, et la définition des stratégies et des changements requis pour les gérer. À partir d’une approche basée sur les forces qui exige un degré élevé d’engagement, cet atelier a appliqué la démarche appréciative comme solution de rechange stimulante plutôt que la planification stratégique traditionnelle. Le processus de planification exige que chacun lie les forces du secteur de l’eau aux possibilités, aspirations et résultats souhaités, en y ajoutant l’énergie et l’engagement nécessaires à la réalisation des objectifs. 
Une approche basée sur les systèmes utilise des images-contexte pour capter les idées suscitées et faciliter la discussion durant l’atelier. 






Il convient de noter que les conclusions concernant les facteurs structurels, techniques et organisationnels associés à la sécurité de l’eau en milieu urbain mettent en lumière l’importance d’une perspective stratégique globale. L’atelier a mis en évidence que les questions relevant de la sécurité de l’eau en milieu urbain doivent imprégner les systèmes de croyances et les modèles mentaux dans le secteur de l’eau. 
 
Les images-contexte et la discussion qui a suivi ont fait apparaître quatre thèmes interreliés : les villes intelligentes, la sécurité, la durabilité et la résilience comme éléments clés qui façonneront la gestion future de l’eau en milieu urbain. 

Les villes INTELLIGENTES
Il ressort des discussions que les futures villes évolueront vers des « écosystèmes » complexes composés d’environnements d’ensembles de systèmes humains, physiques et informatiques (ou écosystèmes). L’accroissement des populations en milieu urbain représente des défis et des demandes de taille pour la gestion de l’eau dans les villes de l’avenir. Les interactions complexes entre les systèmes humains, physiques et informatiques visant l’amélioration de la qualité de vie et une gestion de l’eau proactive seront essentielles. Ce qui entraîne de nouveaux modes de défaillance en cascade complexes pouvant provenir de spécificités imprévues ou émergentes du système, qui modifieront notre façon de gérer une infrastructure déjà vieillissante ainsi que l’intégration de nouvelles technologies.
L’innovation pour une gestion future de l’eau en milieu urbain devra tenir compte de ces composantes :
 
  • les réseaux INTELLIGENTS
  • les systèmes de capteurs intégrés, de communications et de mise en réseaux
  • la modélisation et la visualisation des réseaux d’approvisionnement en eau
  • le développement de la technologie, l’élaboration de politiques et l’innovation

La sécurité
Les réseaux d’approvisionnement en eau sont vulnérables à divers risques naturels et menaces liées à l’activité humaine. Les préoccupations croissantes au sujet des infrastructures essentielles qui pourraient devenir une cible potentielle d’attaques terroristes ajoutent une nouvelle dimension aux menaces à la sécurité des services d’utilité publique. Le secteur de l’eau n’est nullement à l’abri de telles menaces. Les catastrophes naturelles comme l’ouragan Katrina mettent en lumière les faiblesses de toute infrastructure essentielle y compris celles du secteur de l’eau. Des événements comme Walkerton et Flint au Michigan contribuent à l’ensemble des menaces à la sécurité. Les villes de l’avenir ne seront pas épargnées par de telles menaces à la sécurité. Dans une société interreliée, les cyber menaces qui viseraient le secteur de l’eau dans l’environnement d’une ville INTELLIGENTE auraient un impact important.
 
Les résultats de l’atelier ont révélé la nécessité d’intégrer les préoccupations sur la sécurité dans les futurs plans de développement du secteur de l’eau. Les nouvelles façons de faire les choses dans le secteur de l’eau n’écartent pas les menaces, mais il arrive souvent qu’elles les modifient.   

La durabilité : disponibilité, accessibilité, viabilité financière, acceptabilité. 
Un réseau d’approvisionnement en eau viable en milieu urbain nécessite l’élaboration d’une stratégie efficace pour garantir le droit à la disponibilité, l’accessibilité, la capacité financière et l’acceptabilité de l’eau au fil du temps. 
Parmi les défis que pose l’eau en milieu urbain à l’horizon de 2050, la durabilité comprend : 
  • la disponibilité qui signifie l’existence d’un approvisionnement adéquat des ressources en eau, des réserves et des infrastructures efficaces pour sa distribution ;
  • l’accessibilité qui se réfère aux conséquences spatiales de l’approvisionnement et de la demande. Elle comporte également la distribution équitable des services d’eau à tous les membres de la collectivité ;
  • la capacité financière qui signifie que la part de revenu que les ménages doivent destiner à leurs besoins de base en eau ne doit pas dépasser un certain seuil ;
  • l’acceptabilité qui renvoie à l’efficacité de la distribution de l’eau. Elle signifie également l’atténuation des impacts environnementaux des réseaux d’approvisionnement et la prévention de l’exposition disproportionnée aux risques environnementaux. 
La résilience
La crise à Flint, au Michigan, a mis en évidence comment la perte d’eau potable due à la déficience d’une installation d’eau potable peut dévaster une collectivité. La dégradation des services d’eau peut avoir d’importantes répercussions sur d’autres infrastructures essentielles et déclencher une série d’événements. L’atelier a mis en relief la question déterminante de la nécessité de comprendre l’interdépendance entre les secteurs des infrastructures essentielles à travers le renforcement de la résilience à l’intérieur des secteurs et entre eux. La gestion future de l’eau en milieu urbain doit être conçue en ayant en tête la résilience. L’engagement des intervenants et de la collectivité pour la planification de scénarios joue un rôle primordial dans la conception de la résilience. 

Conclusion
La visualisation stratégique peut mettre à bon escient les approches et les technologies innovatrices au service de la gestion future de l’eau en milieu urbain. Les technologies intelligentes, les systèmes distribués et les technologies vertes définiront le futur paysage de l’eau en milieu urbain. Il faudra y ajouter la nécessité d’innovations intelligentes non technologiques qui s’inscrivent dans un ensemble de financements innovateurs, d’élaboration de politiques et de gouvernance du secteur de l’eau. 
 
Après l’atelier, on a recommandé la mise sur pied d’un comité technique national sur l’eau en milieu urbain pour donner suite aux connaissances approfondies partagées lors de l’atelier. En outre, un livre blanc sur la gestion de l’eau en milieu urbain au Canada sera rédigé pour mettre en évidence la gestion de l’eau en milieu urbain et utiliser les connaissances approfondies de l’étude SP-2015-CP-2095 Strengthening the Resilience of the Water Sector (Renforcer la résilience du secteur de l’eau), qui devrait être terminée en décembre 2017. De plus, on encouragera la collaboration internationale avec l’OCDE et d’autres pays sur la gestion de l’eau en milieu urbain. 
 

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