Le Programme d’agrément universitaire de l’ICA : les données ne trompent pas

 

par Joseph Gabriel, FICA

J’occupe depuis presque deux ans mes fonctions d’actuaire membre du personnel, éducation au sein de l’ICA et, jusqu’ici, mon expérience s’est avérée extraordinaire. Le Programme d’agrément universitaire (PAU) est l’un de mes principaux projets et, dans mon article de janvier 2015, je soulignais la rigueur sur laquelle s’appuie le programme. Le PAU offre aux étudiants l’option d’acquérir, auprès de l’ICA, des crédits pour certains examens préliminaires de la Society of Actuaries (SOA) en obtenant la note requise dans chaque cours universitaire agréé par l’ICA.

Objectifs rigoureux

Lorsqu’on a conçu le programme en 2011 et qu’on l’a mis en œuvre dans les universités en septembre 2012, nous avons adopté une politique et des objectifs de gouvernance très rigoureux et avons établi qu’un examen complet du programme devait avoir lieu après trois ans afin d’évaluer si le PAU atteignait les objectifs visés. Cette révision fondamentale a été réalisée par quatre sous-commissions de la Commission de l’agrément chargées de se pencher sur les éléments suivants : la notoriété et la promotion, la politique et les objectifs, ainsi que la surveillance et l’administration. Le quatrième groupe était chargé de fusionner le travail des trois autres sous-commissions et de rédiger le rapport des constatations et des recommandations, dont la version définitive a été présentée à la Direction de l’admissibilité et de la formation de l’ICA.

En qualité d’actuaire, je me rappelle souvent une citation célèbre de Sherlock Holmes dans Un scandale en Bohême : « Élaborer des théories avant de connaître tous les faits est une erreur capitale. » J’ai eu le plaisir de diriger les travaux de la Sous-commission de la surveillance et de l’administration, qui était chargée de recueillir, d’analyser et de rapporter l’un des plus importants éléments permettant d’élaborer des théories à l’égard du PAU : les données.

Collecte et analyse de données

La collecte et l’analyse des données constituent une partie intégrante de la surveillance constante du PAU. Des données sont recueillies chaque session pour chaque cours agréé dans chaque université. On recueille des renseignements tels que le nombre d’étudiants inscrits, le nombre d’étudiants ayant complété le cours, le nombre d’étudiants ayant obtenu la note requise par l’ICA pour avoir droit à un crédit, ainsi que les moyennes générales des cours. Ces renseignements sont colligés par le chargé d’enseignement, puis attestés par l’actuaire chargé de l’agrément (un Fellow dans chaque université chargé d’assurer la liaison entre cette dernière et l’ICA), puis subséquemment validés chaque année dans le cadre du processus d’examen externe.

Ces renseignements sont utilisés à plusieurs fins : vérifier les notes des étudiants, surveiller le nombre de candidats ayant atteint les notes donnant droit à des crédits du PAU à l’échelle des universités, comparer les prévisions et les résultats réels quant aux proportions de candidats qui ont atteint la note donnant droit à un crédit pour chaque cours universitaire et comparer ces proportions aux notes de passage des examens professionnels correspondants. Ces données permettent également à l’ICA d’évaluer le recours aux crédits du PAU par rapport au nombre potentiel de crédits qui auraient pu être demandés pendant la période de trois ans analysée. Ce fut une tâche difficile compte tenu du fait qu’on n’a pas accès aux données individuelles par candidat nous permettant d’obtenir une représentation exacte. Nous avons plutôt opté pour un modèle permettant d’établir des estimations de l’utilisation du PAU et de la proportion réelle de candidats obtenant la note donnant droit à un crédit d’examen. Nous avons également tenu compte du fait que pour obtenir un crédit d’examen, on peut exiger jusqu’à concurrence de quatre cours universitaires. Dans le cadre de cette analyse, on a recueilli au total des données générales sur plus de 300 cours universitaires agréés.

Combien d’étudiants obtiennent la note requise?

Pour chaque examen professionnel, classés par année universitaire et par établissement, nous avons utilisé le plus faible pourcentage de tous les cours utilisés pour satisfaire les exigences donnant droit à un crédit afin de calculer une estimation du pourcentage des étudiants obtenant la note donnant droit à un crédit. Il convient de faire remarquer que ce pourcentage minimal représente la limite supérieure de la valeur réelle. Nous avons recouru à la même démarche pour obtenir une estimation du nombre potentiel d’étudiants répondant à l’exigence donnant droit à un crédit.

Nous avons observé que, en moyenne, la proportion des étudiants obtenant la note requise était de 45 pour cent pour un seul cours universitaire agréé, ce qui correspond à l’estimation préliminaire de l’ICA, qui était de 46 pour cent.

Notamment, le PAU est conçu de telle sorte que les candidats doivent obtenir la note fixée par l’ICA pour chaque cours lié à un examen donné de la SOA. Étant donné qu’il faut jusqu’à concurrence de quatre cours universitaires pour obtenir le crédit pour un seul examen, la moyenne globale de candidats satisfaisant aux exigences pour chaque examen se chiffre à 37 pour cent. Si l’on établit une comparaison avec les examens professionnels correspondants, le pourcentage de réussite pour la SOA et la Casualty Actuarial Society (CAS) pour la même période s’établit à environ 46 pour cent. Statistiquement, ces données révèlent que, en moyenne, la proportion de candidats qui satisfont aux exigences aux fins d’un crédit dans le cadre du PAU est plus faible que la proportion de candidats qui réussissent les examens. C’est là l’une des conclusions les plus significatives issues de l’analyse des données. Contrairement à ce que certains peuvent croire, il est difficile d’obtenir des crédits d’examen dans le cadre du PAU.

Cette conclusion confirme également le caractère approprié des notes exigées pour chaque cours agréé. Étant donné que la proportion d’étudiants qui obtiennent la note requise pour chaque cours correspond, en règle générale, aux estimations initiales de l’ICA et que les proportions moyennes d’obtention des crédits sont comparables aux taux moyens de réussite des examens professionnels, rien n’indique qu’il conviendrait de rajuster les notes requises pour l’instant. L’ICA continuera toutefois de surveiller ces résultats de près.

Nous avons également procédé à une analyse des notes réelles obtenues par les candidats qui se sont vu accorder des crédits d’examen par l’ICA en comparant les notes obtenues pour chaque cours agréé à la note exigée pour obtenir un crédit. En moyenne, les candidats du PAU ont dépassé la note exigée d’environ neuf points de pourcentage, ce qui indique qu’en moyenne, les candidats du programme ne font pas qu’atteindre l’exigence minimale, mais la dépassent par une bonne marge, ce qui fait foi de la qualité de leur profil d’études.

Le PAU : une évolution de l’éducation actuarielle au Canada

Comme le PAU est un programme jeune qui marque l’évolution de l’éducation actuarielle au Canada, l’analyse du recours au programme par les candidats serait sans doute très instructive. À ce jour, plus de 200 crédits d’examen ont été accordés. Une analyse très approximative basée sur le nombre moyen d’étudiants inscrits au cours, la proportion de ceux qui ont obtenu la note donnant droit à un crédit pour chaque examen, le nombre d’universités et le nombre potentiel de crédits attribués pour chaque cohorte de candidats a révélé un taux de participation d’environ dix pour cent. L’estimation plus précise, basée sur la méthode décrite brièvement ci-dessus, a donné lieu à un résultat de 7,3 pour cent. Autrement dit, les crédits attribués dans le cadre du PAU de l’ICA auraient pu être multipliés par quatorze. Le taux de participation peut sembler faible, mais les réflexions suivantes peuvent expliquer ces résultats.

D’abord, le PAU est un tout nouveau programme, qui n’est en place que depuis septembre 2012. Deuxièmement, en si peu de temps, un taux environnant les dix pour cent est plutôt encourageant surtout si l’on tient compte du fait que, depuis plus d’un siècle, la qualification actuarielle aux États-Unis et au Canada s’acquiert exclusivement au moyen des examens professionnels. Il peut donc être difficile de changer les perceptions. Le dernier point, et non le moindre, réside dans le fait que les candidats qui croient qu’il vaut mieux obtenir les titres de compétence de la SOA optent pour la voie traditionnelle des examens et renoncent à demander des crédits à l’ICA.

Heureusement, l’American Academy of Actuaries (AAA) reconnaît le titre de FICA obtenu par le biais du PAU aux fins de l’obtention du titre de membre de l’AAA (MAAA), lequel est exigé pour pratiquer la profession d’actuaire aux États-Unis. Les candidats poursuivant une carrière dans le domaine des assurances IARD peuvent faire reconnaître leurs crédits du PAU par la CAS aux fins de l’obtention des titres d’associé(e) de la CAS (ACAS) et de Fellow de la CAS (FCAS). L’Institute and Faculty of Actuaries du Royaume-Uni et l’Actuaries Institute of Australia acceptent également les crédits obtenus dans le cadre du PAU en vertu d’ententes de reconnaissance mutuelle aux niveaux associé et Fellow. Par conséquent, plusieurs options s’offrent aux candidats du PAU qui souhaitent obtenir plus d’un titre actuariel.

Mais au-delà des chiffres, des statistiques et de la proportion de candidats qui réussissent les examens ou qui obtiennent des crédits, le PAU vise d’abord et avant tout l’excellence et le maintien des normes les plus élevées en matière d’éducation actuarielle. L’éducation en actuariat dans les universités est en constante évolution et intègre des méthodes et des technologies de pointe telles que les examens individuels informatisés portant sur des études de cas. Le PAU de l’ICA met les candidats en contact avec les plus récentes avancées et innovations en matière d’éducation actuarielle, ce qui ne peut que constituer un avantage pour eux et pour leurs futurs employeurs.

Grâce à cette révision fondamentale et aux constatations observées par les examinateurs externes chaque année, l’ICA est convaincu de produire des candidats de qualité et voit d’un œil optimiste le taux de participation au programme compte tenu de sa brève existence. Ces constatations étant appuyées par des données, comme le dit notre ami Sherlock Holmes, il est donc permis d’élaborer la théorie selon laquelle le PAU repose sur des bases solides et est en voie de faire progresser les normes les plus élevées en matière d’éducation actuarielle.

Joseph Gabriel, FICA, est l’actuaire membre du personnel, éducation, de l’ICA.

Canadian Institute of Actuaries/Institut canadien des actuaires
http://www.cia-ica.ca/