La perspective globale d’un actuaire peut rapporter


Gaetano Geretto

Une expérience en réassurance a aidé Gaetano Geretto à se préparer pour le travail dans le domaine de la gestion du risque d’entreprise (GRE), mais la nature évolutive de ce domaine de pratique continue d’apporter de nouveaux défis.

Maintenant président de Pelecanus Strategic Advisory Services, M. Geretto a précédemment occupé de nombreux postes de haute direction au sein d’organisations, dont la Sun Life, Gerling Global Life et Revios Reinsurance. Il a souvent dû traiter avec une forte composante en gestion du risque au cours de sa carrière.

M. Geretto affirme ce qui suit : « J’ai travaillé au sein d’une organisation où j’ai fait un peu de gestion de risque, dans le cadre de nos activités opérationnelles habituelles, et avec des entreprises dans le but de répartir le risque. À l’époque, les organismes avaient des processus disparates, mais rien d’unifié. Par la suite, notre société mère allemande a lancé Kontrag, un projet demandé par son organisme de réglementation BaFin, qui consistait à mettre au point un modèle axé sur la GRE. Nous avons pensé qu’il s’agissait plus d’un exercice de conformité, mais nous l’avons fait quand même et c’est vite devenu l’essentiel de la façon dont nous avons assuré la gestion de l’entreprise. Nous en sommes venus à dire : "Tout le monde ici est un gestionnaire en matière de risque.ˮ Cela m’a aidé à décider de me concentrer sur la gestion du risque. »

Le passage de la réassurance à la GRE s’est avéré un processus évolutif, dit-il. « Déjà, j’identifiais, je gérais et j’atténuais les risques, mais la GRE a connu une courbe d’apprentissage abrupte, du moins initialement. Cependant, en tant qu’actuaires, nous avons besoin de stimulation intellectuelle. Nous essayons toujours de voir plusieurs variables qui pourraient ne pas toujours aller dans la même direction. C’est la meilleure énigme de résolution de problèmes. Nous pouvons suivre des principes généraux, mais nous devons reconnaître qu’il y a tellement de variables en jeu. De plus, d’autres travaux ont été effectués dans un contexte de gouvernance, qui comprend les cadres de tolérance au risque et la culture du risque.

« Dans le domaine de la GRE, vous avez besoin de la capacité de voir 30 000 pieds plus loin; si vous vous égarez dans les mauvaises herbes, vous pouvez vous concentrer sur certains risques et manquer le portrait global. En tant qu’actuaires et experts en matière de risque, nous devons toujours être curieux et toujours demander « Pourquoi? ». Il s’agit de réfléchir et d’être à l’écoute. Vous ne pouvez pas travailler de façon isolée. Vous devez penser de façon plus générale. »

M. Geretto ajoute qu’une période passée au Bureau du surintendant des institutions financières pendant la crise financière s’est avérée précieuse dans le développement de cette perspective globale. « J’ai appris que toutes les compétences dans ma boîte à outils m’aideraient. Il était intéressant de mettre en pratique les techniques de gouvernance, la supervision de la fonction actuarielle, et de travailler à l’élaboration de la ligne directrice de l’évaluation interne du risque et de la solvabilité (dispositif ORSA). Maintenant, au sein de Pelecanus Advisory, je dédie plus de mon temps à travailler avec les clients et à donner des conseils. Je réunis ainsi mon travail dans l’industrie et celui de responsable de la réglementation.»

Aujourd’hui, de plus en plus d’organismes tirent profit de l’expertise des actuaires spécialisés en GRE, mais ce ne fut pas toujours le cas. « Il y a dix ans, il y avait beaucoup de résistance à la GRE, » déclare M. Geretto. « Tout le monde était à l’aise dans leur propre bac à sable et ils n’en voyaient pas sa valeur. Cette attitude a changé et c’est devenu une discipline à part entière, incitant les gens à poursuivre une carrière en GRE. Les banques et les sociétés d’assurance sont de plus en plus des lieux où les gens ont travaillé dans d’autres secteurs d’activités et comprennent que les risques de ces entreprises sont des candidats idéaux pour la GRE.

« C’est un domaine en pleine croissance pour les actuaires. Nous pouvons être peu disposés à regarder le risque en ce qui concerne la façon dont nous percevons le développement de carrière et à cet égard, notre processus d’adaptation peut être lent. Cependant, les organismes actuariels du monde entier reconnaissent que les actuaires ont une place à la table de la GRE et en font la promotion par le biais du titre de Chartered Enterprise Risk Analyst (CERA, ou analyste agréé du risque d’entreprise). Nous sommes des experts en matière de risque et nous apportons une approche holistique de la gestion du risque, ce qui augmente la valeur de l’entreprise.

« Toutefois, nous pouvons faire plus pour promouvoir ceux ayant délaissé les secteurs traditionnels pour se joindre à la GRE. Notre message devrait être le suivant : "Regardez le nombre de personnes occupant des postes d’agent principal en gestion du risque qui ont de l’expérience en actuariat et ceux ayant franchi les étapes pour devenir des experts en GRE.ˮ Nous faisons plus que du risque d’assurance, mais parfois, nous pouvons nous emboîter dans un chemin étroit. Il y a un aimant qui attire les gens dans notre profession et, par conséquent, les chasseurs de têtes et les professionnels en GRE qui embauchent doivent voir les actuaires comme des experts en matière de risque. »

Canadian Institute of Actuaries/Institut canadien des actuaires
http://www.cia-ica.ca/