Un actuaire récolte les fruits de quatre années d’efforts en traversant l’Atlantique

par Jean-Guy Sauriol, FICA

Lorsque j’ai posé les pieds sur le quai à la marina de Port Saint-Charles, ce sont quatre années de visualisation, de planification, de préparation et de rame qui ont pris fin. À peine quelques heures auparavant, j’apercevais la terre pour la première fois depuis 74 jours. Étant rameur océanique en solo, étreindre mon épouse et mon fils fut mon premier contact humain depuis mon départ de l’île Grande Canarie aux îles Canaries le 24 novembre 2013. Mon périple a pris fin le 6 février 2014, quelques heures seulement avant l'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver. J’ai donc passé Noël, le Jour de l’An et mon soixantième anniversaire seul en mer.

Tout a commencé en 2010, avec l’histoire de Katie Spotz. Lorsque j’ai vu comment elle avait traversé l’Atlantique, j’ai compris comment j'allais réaliser ma propre traversée. C’est dix ans plus tôt, à la lecture du récit de Hannes Lindeman, qu'est née ma fascination pour l’idée de traverser un océan dans une embarcation à propulsion humaine. Il a effectué la traversée de l’océan à deux reprises pendant les années 1950, une fois en canot et une autre en kayak.

Je n’avais absolument aucune expérience en rame et je n’avais jamais navigué dans une petite embarcation sur l'océan. Tout cela était nouveau pour moi. Il n’y avait que la fascination que j’éprouvais à l’égard d’un tel exploit. La lecture de tous les livres sur lesquels je pouvais mettre la main et l’achat d’un rameur (une machine à ramer intérieure) ont été mes deux premières démarches concrètes vers l’atteinte de mon objectif. En 2011, je me suis rendu aux îles Canaries pour assister au départ d’une course pour rameurs d’océan. En 2012, je suis allé en Irlande pour voir un bateau. C’est là que j’ai fait la connaissance de Tony Humphreys. Ceux qui ont suivi ma traversée savent à quel point Tony est devenu extrêmement important pour mon projet.

J’ai finalement opté pour un nouveau bateau construit en Angleterre en 2013. J’ai inscrit le bateau auprès du registre canadien des embarcations. Je l’ai appelé Maple. Je suis très fier d'avoir brandi le drapeau canadien d'un côté à l'autre de l'Atlantique. Je l’ignorais au départ, mais le fait de demander à Jamie Fabrizio de construire une embarcation pour moi a été crucial pour la réussite de ce projet. Pendant mon parcours, Maple et moi sommes devenus le prolongement de l’autre. J’ai appris à connaître ses réactions face au vent, aux vagues et aux courants. Elle m’a protégé contre les éléments et les dangers de l’océan. J’en ai pris soin, je l’ai nettoyée et je l’ai maintenue comme neuve tout au long de la traversée pour son futur propriétaire. Parfois, sur le pont, je me suis senti nerveux, effrayé. À la fin de la journée, cependant, au moment de me retirer dans la sécurité de sa cabine et de fermer son écoutille étanche, je me sentais en sécurité, comme à la maison après une journée de travail.

J’ai bâti ma routine entre le lever et le coucher du soleil. Douze heures sur le pont, douze heures dans la cabine. Je me réveillais en général à l’aube. Je préparais mon déjeuner, puis je réunissais toutes les affaires dont j’aurais besoin pour la journée : eau, barres énergétiques, lunettes de soleil, écran solaire, chapeau, gants, appareil-photo et caméras. Je me rendais sur le pont à peu près au lever du soleil. Après un arrêt au petit coin, je préparais le bateau pour une journée de navigation. Je m’arrêtais au coucher du soleil. Au crépuscule, après avoir tout rangé pour la nuit, je souhaitais bonne nuit à l'océan. En pratique, je ramais de dix à onze heures par jour. La dernière semaine, j’ai fait un peu de surtemps pour m'assurer d'arriver à North Point, à la Barbade, en disposant de suffisamment de temps pour me rendre à la marina en toute sécurité à la lumière du jour.

Ramer dix à onze heures par jour est difficile, et le mental finit par prendre le dessus. Il ne s’agit plus de savoir si on est capable de le faire, mais de savoir si on a la volonté de le faire. Dès le moment qu’on est parti, on n’a aucun répit et la seule option est de se rendre de l’autre côté. Les intempéries constituent le seul véritable obstacle à la traversée.

Lorsque j’ai décidé de traverser l’Atlantique en solo, il s'agissait clairement pour moi d'un projet personnel. Toutefois, au fil du parcours, je me suis rendu compte que de telles histoires sont une inspiration pour d'autres. C’est pourquoi j’ai décidé d'établir un lien entre mon aventure et la Fondation actuarielle du Canada et le Club des petits déjeuners du Canada. J’ai recueilli plus de 10 000 $ au profit du Club. Aucune donnée n’indique clairement combien mon aventure vous a inspirés à donner à la Fondation. Si vous ne l’avez pas encore fait, j’espère que la lecture de cet article vous rappellera qu'il n'est jamais trop tard pour faire un don.

J’ai obtenu mon diplôme à l’Université Laval en 1977 et j'ai obtenu le titre de Fellow de l'ICA en 1981. Il m’aura fallu quatre ans. Après quatre ans dans l'aventure Maple Lys Solo, j’étais arrivé à l'objectif prévu, au moment prévu et en respectant le budget prévu. Assis à l’ordinateur en train d’écrire cette histoire, je me sens un peu comme je me sentais lorsque j’ai terminé mes examens : heureux et fier, en ayant beaucoup de temps à ma disposition. Quel sera mon prochain projet? Honnêtement, je n’en sais rien. Tôt ou tard, je le découvrirai. Il semble que les gens comme moi sont toujours à la recherche de quelque chose et finissent toujours par trouver, comme je l'ai fait lorsque j'ai obtenu mon titre de Fellow. Certains indices laissent croire que je pourrais être la seule personne du monde qui ait couru un marathon, complété un triathlon Ironman, réalisé le Yukon River Quest en solo et traversé un océan à la rame en solo. Pour l’instant, mis à part les vidéos et les photos que j’ai rapportées, je vais savourer le sentiment qui compte le plus : celui de la réussite.

Jean-Guy Sauriol, FICA, est le fondateur de seclonLogic.

 

 Jean-Guy, de retour sur la terre ferme à la fin de son aventure.

 

Jean-Guy Sauriol à bord de Maple, son embarcation à rame.

Canadian Institute of Actuaries/Institut canadien des actuaires
http://www.cia-ica.ca/