Un domaine en développement confère aux actuaires une plus grande influence : Pierre Laurin

La gestion du risque d’entreprise (GRE) comporte de nombreux avantages pour les actuaires et pour leurs entreprises ou clients. Dans certaines entreprises, il peut être assez aisé d’instaurer la GRE.

Ce fut le cas pour Pierre Laurin, membre de l’ICA et directeur et chef de la pratique canadienne des assurances IARD du cabinet Towers Watson. Son expérience dans ce domaine remonte au début des années 1990, alors qu’il prenait part à l’élaboration des concepts de gestion des risques tout en occupant la fonction d’actuaire en chef du groupe Zurich Financial Services.

Il dit ceci : « À l’époque, nous n’appelons pas notre travail GRE. Tout ce que nous savions, c’était que la société n'avait aucun moyen d'évaluer sa position de risque et qu'il était nécessaire de connaître notre situation à cet égard.

« Comme notre projet ralliait en grande partie la direction et d'autres parties de l'entreprise, l’instauration s’est avérée plus facile que je ne l’aurais cru. Les gens étaient, pour la plupart, très intéressés au concept. Ils en saisissaient le bien-fondé pour l’entreprise.

« L’entreprise est basée en Europe, où les concepts de GRE étaient à ce temps légèrement plus avancés. Il restait à promouvoir le processus. »

En 2005, M. Laurin a quitté la Zurich pour intégrer le cabinet Towers Watson, qui est très actif en matière de GRE. « Une bonne proportion de mes activités concerne ce domaine : établir la propension au risque, réviser l’évaluation interne du risque et de la solvabilité (ORSA), effectuer les tests de sensibilité, et plus encore. La GRE comporte plusieurs volets et a une incidence sur plusieurs domaines. L’optimisation de la réassurance, par exemple, est fondée sur des concepts de GRE, et les gens posent la question "Quel est le coût du capital que j'achète?" Les approches à l’égard de la gestion actif-passif et du risque opérationnel sont également reliées à l’impact sur le capital.

« J’ai la conviction que la GRE est perçue comme un outil nécessaire. Il a fallu la crise financière de 2008 pour démontrer le besoin de modèles qui convergent les risques à la fin de la courbe de risques. Les sociétés ont dit : "Nous devons obtenir des données plus justes pour comprendre ce qui se passe." Le concept a maintenant acquis de la maturité et davantage de gens demandent : "Quelle sera l'incidence de ceci sur mon entreprise? Vais-je améliorer la situation de mon entreprise en faisant cela?" Grâce au cadre de GRE, on peut démontrer que les mesures fonctionnent. »

Malgré la valeur qu’il revêt, ajoute M. Laurin, les actuaires peuvent faire face à une opposition à l’idée d’un cadre qui examine chacun des aspects de l’entreprise. Pour mettre en place un processus de GRE, il faut parfois envisager des objectifs à court terme. Il s’agit d’un processus de longue haleine dont la réalisation peut prendre cinq ou six ans, mais la plupart des dirigeants demanderont des résultats à court terme.

« En outre, la plupart des gens travaillent en vase clos et se disent : "Ce qui m’affecte est plus important que tout." Il vous faut un élément descendant; la volonté doit venir du conseil d’administration. Mais il est également nécessaire d’avoir une approche ascendante afin d’assurer une élaboration adéquate. »

Travailler dans le domaine de la GRE peut être amusant, dit-il, car cela modifie la sphère d’influence des actuaires. « Les actuaires traditionnels exercent des activités de tarification ou de calcul des provisions, par exemple, mais la GRE examine l’incidence sur le capital. Elle offre une perspective plus large de l’entreprise et ouvre un nouveau domaine.

« Pour les actuaires débutants, la courbe d’apprentissage sera assez prononcée, mais nous sommes bien formés et nous possédons les antécédents qu’il faut pour exercer la GRE. Nous appliquons une pensée globale et nous sommes à l’aise face à l’incertitude. Pour les actuaires, la GRE est là pour rester. »

Canadian Institute of Actuaries/Institut canadien des actuaires
http://www.cia-ica.ca/