Un élargissement de notre profession : Oui, mais comment y arriver?


par Jacques Lafrance, FICA
Président de l'ICA

Que ce soit au sein de l’Institut ou lors de notre participation aux réunions regroupant des organismes actuariels de plusieurs pays, le thème de l’élargissement de la profession actuarielle prend une place croissante dans nos discussions. Par exemple, le sujet ayant été discuté le plus longuement lors de notre plus récente rencontre du North American Actuarial Council (NAAC)* fut justement une vision selon laquelle une proportion significative de nos membres œuvreront dans des domaines qui ne se limiteront pas aux assurances et aux régimes de retraite.

Un des éléments motivants ayant mené à ces discussions est un certain degré de pessimisme quant à nos domaines habituels de pratique. Le sentiment général est que ces domaines sont en décroissance ou, au mieux, en faible croissance en termes d’emplois pour les actuaires. Par ailleurs, certains récents développements peuvent offrir des occasions de rayonnement élargi de notre profession, par exemple le progrès fulgurant de la technologie, la plus grande facilité d’accès à de grandes banques de données et l’intérêt accru envers les enjeux liés aux risques.

Que pouvons-nous apporter aux employeurs de tous secteurs confondus? Beaucoup. À cet égard, je tiens à vous souligner les travaux réalisés par l’Association actuarielle internationale au titre de l’élaboration d’une proposition de valeur pour notre profession. En voici un extrait : Les actuaires sont outillés pour aider leurs clients (y compris leurs employeurs) à faire des choix éclairés et à mettre au point des solutions efficaces à titre de mesure de protection dans un monde en perpétuel changement. Un actuaire est un professionnel qualifié pour évaluer les répercussions financières actuelles des éventualités futures. [traduction libre]

Plusieurs domaines semblent être à notre portée. Il est permis de croire que nos compétences et notre formation peuvent nous permettre de contribuer au succès du secteur financier autre que les assurances, en particulier le secteur bancaire. En outre, notre expertise en examen dynamique de solvabilité et en gestion du risque d’entreprise (GRE) peut servir tant à ce secteur qu’à plusieurs autres. En effet, une application judicieuse de ces concepts peut permettre aux dirigeants d’entreprise de prendre des décisions plus éclairées en matière de gestion financière ou de commercialisation de leurs produits.

La route vers l’élargissement de nos champs de pratique ne sera pas nécessairement facile. Notre système d’éducation devra évoluer afin de rendre accessible à nos nouveaux adhérents la formation qui leur permettra de percer dans des domaines de pratique qui ne sont encore acquis à la profession actuarielle. Il en sera de même quant à la formation professionnelle permanente offerte à nos membres. Ceci exigera un effort coordonné de l’Institut, de nos partenaires en éducation et des universités offrant un programme en actuariat.

Il nous faudra aussi élaborer et mettre en œuvre une stratégie visant à mieux faire connaître les aptitudes et compétences des actuaires aux employeurs de divers secteurs. Il semble évident qu’il nous faudra d’abord cibler l’ensemble du secteur financier car c’est celui qui apparaît comme étant le plus facilement à notre portée. Une présence accrue des actuaires dans les débats publics et dans les médias contribuera également à rehausser la visibilité de notre profession.

Divers groupes de l’Institut, y compris le Conseil d’administration, se penchent sur cette question. Une des initiatives en cours consiste à apprendre des succès des actuaires d’autres pays. Par exemple, les actuaires d’Afrique du Sud ont réussi à devenir des professionnels de choix dans l’ensemble du secteur financier. L’Actuarial Society of South Africa travaille conjointement avec l’Institute of Actuaries of Australia à l’établissement d’un cadre de formation et d’admissibilité visant le domaine financier autres que les assurances. Nous suivons de près ce projet.

Une pénétration accrue de notre profession dans de nouveaux domaines exigera de la rigueur, de la persistance et une certaine audace. À nous de relever ce défi.

Jacques Lafrance, FICA, est le président de l'Institut canadien des actuaires.

* Le NAAC regroupe les dirigeants des organismes actuariels du Canada, des États-Unis et du Mexique. Il vise à favoriser la coopération entre les organismes participants. L’expansion de la profession actuarielle compte parmi ses objectifs.

 

Canadian Institute of Actuaries/Institut canadien des actuaires
http://www.cia-ica.ca/