Le système d’éducation canadien : une approche équilibrée

par Jason Vary, FICA

Il relève de la responsabilité de l’Institut canadien des actuaires (ICA) de définir ce qu’est un actuaire au Canada. À cet égard, au Canada, seuls les Fellows de l’Institut canadien des actuaires sont considérés comme des actuaires entièrement qualifiés. L’instauration récente du Programme d’agrément universitaire (PAU) et du titre professionnel d’AICA n’ont rien changé et ne changeront rien à cet état de choses.

L’ICA prend ses responsabilités très au sérieux, y compris sa responsabilité envers le public, qu’il fait passer avant les intérêts de la profession et de ses membres, comme le stipule son énoncé de mission. Assumer sa responsabilité ne signifie pas seulement avoir en place un processus disciplinaire strict en vue de faire respecter les Règles de déontologie. Une responsabilité proactive repose sur une éducation adéquate des futurs membres et l’ICA assume, maintenant plus que jamais, sa responsabilité et son obligation à l’égard de l’éducation canadienne.

Pour pousser la chose encore plus loin, cette responsabilité s’entend de la définition, dans les termes de l’ICA, du programme d’éducation – du stade préliminaire jusqu'au niveau Fellow – et du choix des meilleures méthodes d'évaluation et de validation à l'égard des titres professionnels que l'Institut décerne à ses membres. Telle est la responsabilité de l'ICA, et notre efficacité à cet égard nous assurera de maintenir la reconnaissance et la valeur du titre de FICA pour la perspective large, la vision créative et le sens des affaires bien développé qu’il représente au Canada et sur la scène internationale.

On procède actuellement à l’élaboration d’une définition plus approfondie du système d'éducation canadien (SEC). À l’issue de ce projet, nous prévoyons que le SEC demeurera fondé sur le programme de l'Association Actuarielle Internationale (AAI) et qu'il s'harmonisera aux exigences des programmes de la Casualty Actuarial Society (CAS) et de la Society of Actuaries (SOA), mais qu’il sera défini de façon unique en termes canadiens à titre de système d'éducation indépendant menant à l'obtention des titres d'AICA et de FICA, plutôt que d'être nécessairement dérivé d'autres titres professionnels actuariels. En outre, plus important encore, l’ICA aura la maîtrise du programme d’éducation et décidera de la façon dont il sera dispensé, que ce soit par le truchement de l'éducation universitaire, au moyen de l’impartition de certaines composantes à d'autres organismes actuariels ou partenaires en éducation ou par le biais des programmes éducatifs et de perfectionnement professionnels de l’ICA, par exemple le Cours orienté vers la pratique et les ateliers sur le professionnalisme.

Cohérence, obligation de rendre des comptes et contrôle définiront le nouveau paradigme éducatif de l’ICA.

Le PAU, créé en 2011 par l’ICA pour faire suite à des travaux antérieurs concernant les futures méthodes d’éducation (FME), est l’un des éléments du SEC. L’ICA est allé de l’avant avec le PAU étant d’avis qu’il était crucial de tirer profit de l’agrément universitaire pour assurer à la profession un meilleur avenir au Canada et que cette dernière bénéficierait du passage de la réussite d’examens à une éducation mieux équilibrée au cours des premières années. La salle de classe constitue le milieu approprié pour enseigner (et mettre à l'épreuve) bon nombre de connaissances techniques essentielles aux actuaires, maintenant et dans l'avenir, qui leur permettront de concurrencer pour décrocher les meilleurs emplois.

Le PAU d’aujourd’hui procure à l’ICA un système fiable lui permettant de reconnaître l’excellente qualité de l’éducation dispensée par les universités canadiennes et offre aux meilleurs étudiants en actuariat une autre voie pour satisfaire aux exigences d’admissibilité préliminaires de l'ICA.

Pour les cours débutant à l’automne 2012, certaines universités canadiennes offrant des programmes d’actuariat reconnus ont reçu l’agrément de l'ICA sous réserve de satisfaire aux exigences minimales de l'Institut concernant la couverture du programme, les procédures d’examen et les systèmes de contrôle de la qualité nécessaires au traitement des cas de tricherie et d’infraction académique.

De plus, les étudiants qui présentent à l'ICA des demandes d'exemption doivent obtenir des notes minimales dans chaque cours rattaché à un programme d’examen donné. En règle générale, pour obtenir une seule exemption, deux à quatre cours sont requis. Les notes donnant droit à une exemption ont été établies pour la première année en fonction des pourcentages de réussite des étudiants de chaque université à l'égard des examens de la SOA et de la CAS. L’ICA a pris en considération le fait qu’un étudiant devrait obligatoirement obtenir la note minimale donnant droit à une exemption dans chaque cours rattaché à un examen, ce qui aurait pour effet d’accroître le degré de difficulté et probablement de produire un nombre d’étudiants se qualifiant pour une exemption inférieur au nombre d’étudiants qui seraient en mesure de réussir les examens professionnels. Les notes minimales d'exemption, qui s'échelonnent de A à B selon le cours et selon l'université, font l'objet d'un contrôle annuel visant à en assurer le caractère approprié.

Un an après la mise en œuvre du PAU et à l’aube de sa deuxième année, l’ICA continue d’évaluer la réussite de son implantation dans les universités agréées. Les commentaires des partenaires en éducation, des membres, des étudiants, des actuaires, des universitaires, des chargés d’enseignement, des actuaires chargés de l’agrément et des examinateurs externes (EE) sont pris en compte, l’une des sources les plus importantes provenant des visites des EE menées au printemps 2013 dans toutes les universités agréées.

Le rôle de l’EE consiste à évaluer si l’université respecte son entente d’agrément et si sont maintenues les conditions en vertu desquelles l’ICA lui a accordé l’agrément. Les EE examinent la mise en correspondance des cours avec le programme-cadre d’études et les plans de cours, les procédures d'examen, des échantillons d'examens remplis par des étudiants et les libellés d'examens, ainsi que le nombre d'étudiants ayant obtenu la note minimale donnant droit à une exemption. Un rapport final est compilé pour chaque université au moyen d’une grille standardisée. À la suite du processus mené par les EE en 2013, plusieurs universités se sont vu adresser une lettre leur indiquant des éléments auxquels elles devaient porter une attention immédiate ou qu’elles devaient rectifier afin de maintenir leur agrément en règle. Parmi les types de problèmes relevés, mentionnons la pratique qui consiste à transférer la pondération des examens de mi-session aux examens finaux, ce qui peut entraîner une inflation des notes et qui n’est pas permis dans le cadre du PAU, ainsi qu’une incohérence dans les procédures de notation entre les différents chargés d’enseignement. Les EE ont également recueilli les formulaires de confirmation des chargés d'enseignement, lesquels exigent que ces derniers vérifient que la matière enseignée correspond au programme-cadre approuvé par l'ICA et que la note finale a été calculée selon la politique voulant qu’une proportion de 80 % de la note soit issue d'examens.

Le PAU ne constitue pas une nouvelle exigence de la profession ni une tentative de rendre la formation actuarielle élitiste. Il offre simplement aux candidats canadiens une option leur permettant de présenter à l'ICA une demande d'exemption des examens préliminaires FM, MFE, MLC et C de la SOA, et 3L (les futurs 3LC et 3ST) de la CAS. Aucune exemption n'est offerte pour l’examen P/1. Les candidats de l’ICA pourront toujours opter pour la voie des examens professionnels de la CAS et de la SOA, qui demeureront reconnus pas l’ICA, sous réserve d'une surveillance continue de la part de l’Institut. L’obtention des titres professionnels ACAS, ASA, FCAS, FSA et d’autres titres non canadiens sont au nombre des exigences minimales aux fins de l’obtention des titres d’AICA et de FICA.

Par suite d’un examen approfondi, la CAS et la Faculty and Institute of Actuaries du Royaume-Uni reconnaissent toutes deux les exemptions de l’ICA aux fins de l’attribution de leurs titres respectifs, soit ceux de FCAS et de FIA. Combiné à une expérience américaine appropriée, le titre de FICA demeure reconnu par l’American Academy of Actuaries (AAA) aux fins des exigences relatives au titre de MAAA.

Dans le but de favoriser la reconnaissance par la SOA des exemptions de l'ICA et de permettre, en fin de compte, aux candidats du PAU d'obtenir le titre de FSA, l’Institut a travaillé en collaboration avec la SOA afin de fournir régulièrement à celle-ci des renseignements et des comptes rendus concernant l’évolution du PAU. À cette fin, l’ICA a accueilli au sein de la Commission de l'agrément des observateurs de la SOA et de la CAS.

L’ICA espère que la SOA finira par accepter les candidats du PAU en tant que membres et que ces derniers contribueront à renforcer le système d'éducation de la SOA par le truchement du bénévolat. La SOA et l’ICA partagent de longue date une base d’adhérents et de ressources bénévoles et cela ne devrait pas changer.

Le PAU a récemment fait couler beaucoup d’encre dans les publications de la SOA, notamment dans le magazine The Actuary de l’organisme et dans un blogue sur son site Web. Le PAU de l’ICA fait donc manifestement partie des préoccupations de la SOA.

L’Institut est conscient de l’importance que revêtent pour la SOA les considérations pratiques associées à un système d'éducation universitaire ainsi que l’adaptabilité relative découlant de l’adoption d’un tel programme aux États-Unis, de même que les éventuelles répercussions pour la stratégie internationale de la SOA. L’ICA ne peut se permettre de commenter la faisabilité d’un programme semblable aux États-Unis ou ailleurs ni de prendre des décisions à cet égard.

Les préoccupations de l’ICA sont purement canadiennes et le modèle du PAU se développera à titre de solide élément du SEC – soit un des éléments de ce que l’ICA considère comme un processus d’admissibilité et de formation équilibré. Le PAU vise les examens préliminaires seulement mais ne remplacera pas l'éducation et les examens de niveau Fellow ni les exigences relatives à l'expérience de travail canadienne.

L’ICA attache de l’importance aux divers points de vue et commentaires, qu’ils soient positifs ou négatifs, concernant les mérites d’un système universitaire pour certains examens préliminaires. Tout ce dialogue contribue au renforcement et au développement continus du SEC.

Selon les dernières indications, le conseil de la SOA devrait prendre une décision au sujet du PAU le mois prochain. Bien que l’ICA espère que les exemptions seront reconnues par la SOA à l’égard des titres d’ASA et de FSA, cette décision n'aura pas d’incidence sur l’orientation de l’Institut en matière d'éducation ni sur ses démarches en vue d’accroître la reconnaissance et la portabilité du titre de FICA.

Pour de plus amples renseignements au sujet du PAU ou des exigences d'admissibilité de l'ICA, veuillez consulter : http://www.cia-ica.ca/fr/adhesion/pau.

Veuillez adresser toute éventuelle question à agrement@cia-ica.ca.

 

 

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