Le professionnalisme : une marque distinctive pour les actuaires


par Simon Curtis, FICA
Président de l'ICA

Au fur et à mesure que s'écoule (à grands pas) mon année de présidence, je me rends compte que je passe de plus en plus de temps à réfléchir au professionnalisme et à son incidence sur notre travail à titre d'actuaires et, en particulier, de membres de l'Institut canadien des actuaires. En tant qu'actuaires, nous sommes confrontés aujourd'hui dans le marché à une concurrence de plus en plus forte de la part de professionnels qui possèdent une formation ou des compétences semblables aux nôtres – les ingénieurs financiers, les titulaires d'un MBA en finance, les titulaires d'une maîtrise en finance, les économistes financiers, parmi d'autres – ce qui amène à se poser la question : quelles sont les qualités distinctives que nous offrons? De mon point de vue, le professionnalisme est la plus marquante de ces qualités.

Dans les dictionnaires, un professionnel est défini non seulement comme étant un membre d'une profession nécessitant des connaissances spécialisées et souvent une formation intensive, mais également, et cela est tout aussi important, comme une personne se conformant aux normes techniques et déontologiques d'une profession. C'est cette assurance de qualité attribuable à notre haut niveau de formation technique uniforme, ainsi qu'aux normes strictes qui régissent non seulement notre travail technique, mais également notre comportement, qui caractérise la « marque » des actuaires et qui fait de nous des fournisseurs recherchés pour assurer des services que d'autres pourraient également s'efforcer d'offrir. En définitive, cette qualité, davantage que nos capacités techniques, est celle qui nous distingue des autres.

En tant qu'association professionnelle, nous avons une double responsabilité : d'abord, un devoir envers le public et les utilisateurs de nos services aux membres; ensuite, la responsabilité de nous occuper des affaires de nos membres et de veiller à ce qu'elles soient traitées de façon juste. Nous avons également comme principe directeur de gérer les conflits potentiels entre ces responsabilités. Nous ne pouvons pas, au nom de l'éthique, répondre aux besoins de nos membres au détriment des services visant à favoriser les intérêts de leurs clients ou de la collectivité.

Selon mes observations, en tant que groupe, nous avons tendance à tenir pour acquis notre statut de professionnels respectés, malgré l'importance qu'il revêt. Je crois que cela est potentiellement dangereux compte tenu des défis auxquels nous sommes confrontés :

Ce dernier point constitue un défi particulier pour la profession au Canada, où le nombre d'employeurs est vraiment concentré dans plusieurs des domaines de pratique. La formation interne et les solides cultures et capacités des grandes organisations risquent de créer des « îlots » de pratique professionnelle et de réduire l'engagement au sein de la profession élargie. Cela représente un défi particulièrement au Canada, où nous recourons de façon substantielle à une approche de la pratique fondée sur les principes plutôt que sur les règles, ce qui exige une bonne communication au sein de la profession au sujet des pratiques de mise. Cette concentration peut menacer notre indépendance en tant que profession. À quelques exceptions près, vous aurez de la difficulté à trouver le mot « indépendance » dans la plupart des livres et des manuels traitant des actuaires. Vous y trouverez les mots compétence, liberté, intendance et loyauté. Vous y trouverez également de nombreuses références aux dangers que représentent les conflits d'intérêts. Je crois que le concept d'indépendance est un pilier sur lequel devrait reposer notre profession. L'indépendance établit en quelque sorte nos normes de professionnalisme et encadre nos principes directeurs en matière de déontologie.

Pour un professionnel, l'indépendance ne signifie pas l'incapacité de faire valoir ou d'adopter un certain point de vue ou une certaine opinion. Elle représente plutôt le concept selon lequel on doit s'assurer de rechercher, d'étudier et de communiquer les points de vue opposés, et demeurer respectueux des opinions de nos pairs.

Elle sous-entend également que nous devrions nous assurer de ne pas nous laisser influencer indûment par ceux qui se servent de leur position ou de leur pouvoir à l'encontre de l'intérêt public (c.-à-d. que nous devrions être conscients de notre rôle d'intendance), et de prendre soin d'éviter les associations et les activités susceptibles de compromettre notre intégrité ou notre crédibilité.

La bonne nouvelle est que la mesure dans laquelle l'ICA (et les autres organismes actuariels) maintiennent ou accroissent leur professionnalisme dépend entièrement de ses membres.

Le bénévolat est primordial – bon nombre de membres de l'Institut se passionnent pour l'engagement au sein de l'ICA, mais nous devons susciter une plus grande participation, en particulier chez les membres plus jeunes. La volonté des membres de passer à l'action et d'assumer des rôles de leadership (p. ex. au sein des directions, du Conseil d'administration ou à titre de président de commission) est également vitale. L'engagement ferme de la part de l'ensemble des membres à prendre au sérieux les exigences de perfectionnement professionnel continu (PPC) et à compléter les heures de PPC par le truchement de diverses sources est important. L'appui des membres à l'égard de nos normes et de notre processus disciplinaire et de leur perfectionnement continu (y compris le domaine émergent des normes internationales) est essentiel. Enfin, il est crucial de trouver le temps d'interagir régulièrement avec nos collègues à l'échelle de la profession.

Simon Curtis, FICA, est le président de l'Institut canadien des actuaires.