mars 2013 Archives | publicité | www.cia-ica.ca

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« Augmentation rapide » prévue de l’utilisation des données de conduite par les assureurs

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Un nouveau rapport révèle que les sociétés d'assurance nord-américaines sont sur le point de se lancer en grand nombre dans l'assurance au kilomètre. Toutefois, cette dernière suscite des avis partagés : pour certains, elle permet des prévisions plus précises; mais d'autres s'inquiètent de ses effets sur la mutualisation des risques et les consommateurs.

Grâce à des dispositifs installés dans les véhicules des consommateurs, les programmes d'assurance automobile au kilomètre calculent les rabais sur les polices en analysant les données transmises du conducteur à l'assureur. Elles tiennent compte de différents paramètres, le kilométrage étant le plus utilisé, suivi des heures de la journée, du freinage et de la vitesse.

Si le dernier rapport de la société de recherche Strategy Meets Action (SMA) s'avère exact, cette technologie va se répandre « rapidement » cette année chez les assureurs nord-américains. SMA a constaté que 70 % des sociétés d'assurance automobile mettent en œuvre, élaborent ou planifient des programmes d'assurance au kilomètre; et selon Richard Welch, auteur invité du rapport, « l'année 2013 sera vraisemblablement marquée par une augmentation rapide du nombre de sociétés d'assurance offrant des options d'assurance au kilomètre à leurs clients. »

Près de la moitié des 110 professionnels des assurances nord-américains ayant participé au sondage ont affirmé que la fidélisation de la clientèle en est l'avantage principal. Ils ont également souligné une tarification plus fiable, la réduction des coûts et un meilleur contrôle des réclamations.

Parmi les partisans de l'assurance au kilomètre figure l'Industrielle Alliance, établie au Québec. Cette société d'assurance propose le programme Mobiliz,  qui, en ses propres termes, a été « conçu pour sensibiliser les jeunes à la conduite responsable. » Chaque semaine, un dispositif renseigne l'automobiliste sur ses déplacements, ce qui lui permet d'améliorer sa conduite et d'épargner ainsi de l'argent sur sa prime d'assurance. Autre figure majeure dans l'utilisation de ces données, la société d'assurance américaine Progressive Insurance, qui offre des programmes dans 43 États. Elle exploite le dispositif Snapshot, utilisé par plus d'un million de conducteurs, et son site Web indique aux clients que l'électronique de leur véhicule va transmettre des renseignements tels que leur kilométrage, leur fréquence de freinage et la fréquence de leurs déplacements entre minuit et 4 h du matin.

Toutefois, le recours à l'assurance au kilomètre pourrait faire l'objet de critiques. Du fait que les renseignements recueillis sur les personnes assurées sont plus nombreux et plus précis, il pourrait s'avérer plus difficile de répartir efficacement les risques entre les groupes assurés.

La Commission des services financiers de l'Ontario (CSFO) figure parmi les organismes de réglementation qui observent les programmes d'assurance au kilomètre. Lors d'une réunion récente, Bruce Green, qui travaille à la CSFO, a affirmé que l'organisme envisageait une approbation conditionnelle pour certains de ces programmes, qui devraient répondre à différents critères : par exemple, le fait que les taux doivent prévoir les risques de façon raisonnable et les distinguer de façon équitable. Il a ajouté que ces programmes devraient également reposer sur le volontariat et ne pas être utilisés au départ à des fins de souscription (en cours de contrat ou au moment du renouvellement). Les assureurs devraient également prendre à leur charge les coûts correspondants.

Justin Pursaga (en photo), FICA, FCAS, est responsable de l'analyse actuarielle chez Wawanesa Mutual. Pour le moment, la société d'assurance n'a pas intégré les programmes d'assurance au kilomètre à ses services, mais il a indiqué qu'elle « accorde une grande attention » à ce domaine. Selon lui, les données au kilomètre pourraient permettre une tarification plus précise et plus équitable : « Nous employons des variables tarifaires traditionnelles comme le nombre d'années de détention du permis, le sexe, etc., mais qui reflètent simplement les coûts prévus d'indemnisation. La télématique [combinaison des techniques des télécommunications et des bases de données, sur laquelle s'appuient les programmes d'assurance au kilomètre] détermine les facteurs de causalité réels.

« Le titulaire de police n'a aucun contrôle sur des variables comme le sexe ou l'âge, mais la télématique surveille sa façon réelle de conduire, et des études ont prouvé qu'il en résulte une réduction des accidents de la route chez les personnes ainsi surveillées. »

Selon M. Pursaga, les rabais et la tarification plus exacte des polices renforceraient ainsi progressivement le pouvoir d'attractivité des assureurs proposant des programmes d'assurance au kilomètre. « Pour le moment, c'est une variable manquante, que certaines sociétés d'assurance n'exploitent pas. Celles qui n'offrent pas ces programmes souffriront immanquablement de sélection adverse. »

Marc-Olivier Faulkner, FICA, FCAS, est directeur principal de l'actuariat pour la tarification en assurance des particuliers chez Aviva et président de la Sous-commission de recherche sur les assurances IARD de l'ICA. Il a dit que cette dernière avait discuté de l'utilisation de cette technologie : « Nous sommes un tantinet sceptiques quant au succès de cette nouvelle technologie au Canada; en revanche, l'assurance au kilomètre serait plus acceptable que le recours au pointage de crédit et pourrait bénéficier considérablement au marché.

« Les sociétés d'assurance qui utilisent à bon escient l'assurance au kilomètre auront un avantage concurrentiel de taille, et pour le moment, c'est l'Industrielle Alliance qui offre le programme le plus prometteur. Mais il cible une niche particulière : les jeunes conducteurs. »

M. Faulkner a ajouté que les assureurs canadiens étaient à la traîne de leurs homologues américains pour la mise en œuvre des programmes d'assurance au kilomètre, même si ces derniers procurent des avantages évidents : « Ils donnent des renseignements jusqu'alors inexploités et montrent clairement les effets de causalité, ce qui veut dire qu'ils ont un potentiel d'acceptation plus important. En général, les gens admettent que s'ils conduisent mal, ils paieront des primes plus élevées. »

 

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