décembre 2012 Archives | publicité | www.cia-ica.ca

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Des visions variées à l'égard des rôles de l'actuaire

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par Simon Curtis, FICA
Président de l'ICA

J'ai récemment pris part à plusieurs discussions au Canada, ainsi qu'à des rencontres avec d'autres associations actuarielles au sujet des moyens d'ouvrir les débouchés pour les actuaires dans des domaines de pratique nouveaux et émergents. Un thème revient pratiquement chaque fois, soit celui d'accroître la présence actuarielle dans le domaine de la gestion des risques. Il est juste de dire qu'un certain nombre d'actuaires estiment que la gestion des risques représente l'avenir de la profession et la profession actuarielle doit se refaire une image de marque axée sur ce domaine.

Toutefois, lorsque j'écoute ces discussions, ce qui me frappe, c'est qu'en tant que profession, il y a une question à laquelle nous n'avons pas répondu, ou du moins pas de façon concertée : quelles compétences notre profession apporte-t-elle au monde de la gestion des risques et de quelle façon impactent-elles la position que nous désirons occuper dans ce vaste domaine?

De manière générale, j'ai entendu la profession dire que les actuaires devraient viser le domaine de la gestion du risque d'entreprise (GRE) et(ou) devenir les chefs de file reconnus en matière de gestion des risques, la vision étant que nous devenions ultimement les professionnels de choix pour occuper les postes de chefs de la gestion des risques. Mais s'agit-il d'une vision réaliste ou d'une vision excessive et irréaliste vouée à l'échec?

La profession actuarielle devrait-elle plutôt développer un créneau spécialisé ou professionnel plus restreint dans lequel les actuaires pourraient être des chefs de file reconnus et qui soit mieux adapté à nos compétences et à notre formation (par ex. en étant des spécialistes de la mesure du risque)? Un tel rôle servirait ainsi de base permettant aux personnes possédant des compétences plus larges d'assumer des responsabilités plus vastes en tant que gestionnaires des risques. Personnellement, je penche vers cette dernière option, bien que j'aie pris part à un nombre suffisant de conversations pour savoir que les opinions diffèrent largement à ce sujet.

Le principal problème pour moi réside dans la confusion qui existe entre les fonctions de gestion des risques et de mesure des risques. La mesure des risques – pour laquelle l'ensemble de compétences des actuaires est bien adapté (en ce qui concerne la plupart des risques) – constitue un volet de la gestion des risques. La gestion des risques consiste non seulement à mesurer les risques et à établir la tolérance au risque, mais elle recourt également à des professionnels de divers horizons afin de gérer les risques, d'établir des cultures organisationnelles s'articulant autour des risques et de la gestion de ceux-ci, et fait appel à des compétences solides en communication afin d'assurer un dialogue constant et cohérent avec les organisations et leurs intervenants au sujet des risques.

Un actuaire ayant une formation et des compétences approfondies en matière de mesure du risque pourrait être bien positionné pour assumer des fonctions élargies, mais se disputera toujours ces postes avec des professionnels d'autres domaines possédant d'autres ensembles de compétences et d'autres qualités personnelles.

À mon avis, l'objectif de la profession actuarielle devrait être plus ciblé : devenir des chefs de file en ce qui concerne le recours à l'analyse quantitative afin de mesurer et de faciliter la gestion des risques.

Je crois que les actuaires, grâce à leur formation et à leurs compétences en matière d'analyse quantitative, de même qu'à leur infrastructure de société professionnelle qui rassure les utilisateurs quant à la qualité et à l'homogénéité de leur travail (une caractéristique que ne possède aucun professionnel concurrent), sont bien positionnés. Si nous pouvons nous approprier ce domaine, les fonctions plus vastes de gestion des risques reviendront naturellement à ceux qui possèdent les aptitudes nécessaires.

Pour illustrer comment nous pourrions faire progresser notre présence dans le domaine de la gestion des risques, j'utiliserais l'exemple de la simulation de crise pour les institutions financières. Pendant des années, les actuaires du Canada et d'ailleurs ont procédé à des simulations de crise financière dans les sociétés d'assurance. Au Canada, nous avons élaboré, par le biais de l'examen dynamique de suffisance du capital, des approches solides à cet égard grâce au soutien de matériel d'orientation professionnelle et de normes de pratique bien ficelés. Depuis la crise financière de 2008, la simulation de crise est devenue un immense secteur de priorité pour toutes les institutions financières, y compris les banques et les organismes de réglementation de celles-ci. Qui est mieux placé que les actuaires, avec leur expérience et leur infrastructure professionnelle, pour s'accaparer cet espace?

En conclusion, il existe d'énormes possibilités, mais, en tant que profession, nous devons déterminer la façon dont nous allons les saisir, puis aller de l'avant en faisant preuve de vigueur.

Simon Curtis, FICA, est le président de l'Institut canadien des actuaires.

 

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