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Un actuaire amateur de hockey marque des points grâce à la statistique

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Tout le pays est à nouveau atteint par la fièvre de la Coupe Stanley, avec les éliminatoires qui tiennent en haleine un nombre incalculable d'amateurs de hockey.

Comme des millions d'autres, l'actuaire Alan Ryder analysera les matchs, espérant pouvoir en prédire les résultats. Cependant, contrairement à ces millions d'amateurs, il utilisera ses compétences en statistique et en actuariat, qui l'ont conduit à être contacté par des équipes de la LNH désireuses de profiter de ses connaissances.

Directeur général d'Aurigen Reinsurance, M. Ryder, FICA, FSA, MAAA, est reconnu pour son site, hockeyanalytics.com, qui attire des amateurs de hockey curieux de découvrir les chiffres qui se cachent derrière les résultats.

Grâce à sa formation en statistique et à sa carrière d'actuaire, M. Ryder a pu générer des calculs détaillés à même de révéler les joueurs les plus importants d'une équipe, et bien plus encore. Son site porte sur des sujets comme les applications de la distribution de Poisson, les probabilités de victoire, les « cinq lois de l'hockeynomie » et l'incidence du temps de possession de la rondelle.

Tout cela a commencé il y a longtemps, en 2002, lorsqu'il a puisé son inspiration dans le livre Win Shares. Écrit par Bill James, le grand-père de l'analyse du baseball, l'ouvrage expliquait qu'on peut attribuer les victoires d'équipes à des joueurs individuels. Amateur de hockey depuis toujours, aimant à ce titre consigner des données telles que les combinaisons d'alignements et l'endroit précis où se faisaient les tirs au but, M. Ryder a conçu son propre système, Player Contribution, afin de déterminer les contributions individuelles aux victoires d'une équipe.

Son modèle de qualité des tirs constituait un travail innovateur. À ce sujet, il a déclaré : « un modèle simpliste permettant de déterminer quels joueurs empêchent que des buts soient marqués se fonde sur l'idée que "la défense empêche les tirs", alors que "le gardien de but arrête les tirs". Mais tous les tirs ne se ressemblent pas. Ils varient grandement en qualité. J'ai donc pris l'initiative d'améliorer ce modèle simpliste en construisant un modèle prédictif pour les buts, basé sur des facteurs observables de qualité du tir, comme la distance et le type de tir. Ce modèle de qualité du tir permettait d'évaluer les conditions favorables à un but et d'en faire ressortir la probabilité.

« En bon actuaire, je voulais que le modèle soit "reproductif", c'est-à-dire que les buts qu'on en attendait se retrouvent dans la réalité, que les buts soient marqués en égalité, supériorité ou infériorité numérique, et pour tous les types de tirs. Lorsqu'on additionne les probabilités de tir pour chaque tir lors d'un match, on obtient les buts prévus pour ce match. Tout actuaire devrait être familier avec ce mode de pensée, qui est désormais utilisé par plusieurs équipes de la LNH afin de mieux évaluer le rendement des équipes et des joueurs individuels, du fait que le nombre de buts marqués en réalité comporte une dimension aléatoire importante. »

Hockeyanalytics.com est tenu en si haute estime que M. Ryder s'est vu offrir des missions de conseil par des équipes de la LNH et a rencontré individuellement quelques-uns de leurs dirigeants. Cependant, il préfère voir dans son site « un passe-temps agréable ».

Toutes ces années consacrées à l'analyse font qu'il jette maintenant un regard différent sur les matchs. « Plus jeune, je suivais l'attaque. Mais maintenant, je m'intéresse beaucoup plus à la défense. La défense est la partie la moins bien comprise de ce sport, parce qu'il n'existe aucune statistique facilement accessible pour la caractériser. Ce qui n'est pas le cas avec les attaquants : les statistiques traditionnelles nous éclairent sur le sujet. Comment les amateurs de hockey savent-ils si un défenseur joue bien? Ils ne disposent vraiment d'aucune information.

« L'actuariat m'a donné un cadre très spécifique pour réfléchir aux problèmes. Une des choses dont vous avez besoin pour étudier le hockey par le prisme de l'analyse est d'en comprendre la dimension aléatoire. La rondelle rebondit beaucoup. Parfois, elle fait son chemin jusqu'au filet. Sans compréhension des probabilités, on pourrait ne pas comprendre ce que les chiffres signifient ».

Le livre Moneyball, qui porte sur le baseball et qui a servi d'inspiration à un film à succès mettant en vedette Brad Pitt, a permis d'attirer l'attention d'un vaste public sur le domaine de l'analyse reliée au sport. Selon M. Ryder, « il a popularisé l'idée qu'on pourrait arriver à un résultat avec ce mode de pensée. En tant que livre sur les affaires, Moneyball est excellent, car son message est clair : il y a quelque chose à gagner dans l'identification et l'acquisition d'avoirs sous-évalués.

« Le hockey est un sport difficilement mesurable. On pourrait facilement modéliser le baseball sur ordinateur, car il comporte énormément d'événements discrets. Mais le hockey est le sport d'équipe le plus fluide, qui repose en grande partie pour son fonctionnement sur l'énergie et la passion. »

Les passions que déclenche le hockey ont été source de divergences entre M. Ryder et ses collègues amateurs de ce sport. Lors des trois saisons qu'il a passées à écrire une chronique analytique pour GlobeSports.com, qui était ouverte aux commentaires des lecteurs, il a dû se forger une carapace « très épaisse ». « De nombreux amateurs ne croient pas à l'utilité des statistiques, et de nombreux spectateurs veulent se fier à leurs yeux, pas aux chiffres. Mais, par exemple, la différence entre un gardien moyen et un gardien marginal peut être seulement d'un but tous les trois ou quatre matchs. Il faut passer beaucoup de temps à regarder le hockey pour le voir de ses propres yeux. Il existe cependant toute une communauté réfléchie d'autres analystes spécialistes du hockey, de reporteurs sportifs, de blogueurs et d'équipes. Toutes ces personnes ont un intérêt sincère pour ce type d'analyse. »

Comme tous les autres fans, M. Ryder a un avis sur la Coupe Stanley de cette année. Se décrivant comme « un partisan des Leafs, malheureusement » (« je crois que chacun devrait se choisir une équipe et la soutenir indéfectiblement »), il affirme la chose suivante : « À la fin de la saison régulière, je pensais que la meilleure équipe était les Penguins de Pittsburgh, mais ils ne sont plus là. Le hockey est plein d'évènements aléatoires et la meilleure équipe ne remporte pas toujours une période, un match ou une série. Je crois que St Louis pourrait vraiment étonner le public. Ses joueurs font preuve d'une discipline exceptionnelle et ils remportent les matchs grâce à la défense. Ils gardent la maîtrise des matchs. Le jeu de gardien de but de cette équipe est redoutable, et c'est ainsi qu'on peut franchir les éliminatoires. »

Cependant, ses propos se doublent d'une mise en garde : « Il y a tant de façons dont les choses peuvent mal tourner... »

 

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