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Les cohortes : signification et aperçu

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par Abinash Churoria


Peu de gens sont conscients que l’année de naissance d’une personne peut être un facteur critique lorsque l’on veut déterminer sa durée de vie. Bienvenue dans le monde fascinant de l’étude des cohortes en particulier et de l’étude de la mortalité en général.

En science actuarielle, nous rencontrons souvent le terme cohorte, mais nous nous y arrêtons rarement. Selon les dictionnaires, une cohorte est un groupe de gens qui ont une caractéristique ou un comportement en commun. Dans la recherche sur la mortalité, l’élément que nous prenons principalement en compte est une cohorte de gens nés au cours du même intervalle de temps, par exemple dans la même décennie, et que l’on appelle communément « cohorte de naissance ». Bien que l’on puisse observer un « effet de cohorte » dans toutes les populations, l’effet de cohorte dans la population du Royaume-Uni est assez marqué et bien documenté.

Le Continuous Mortality Investigation Bureau (CMI) est un organisme établi par la profession actuarielle ayant pour mandat d’effectuer des recherches sur les statistiques de mortalité et de morbidité au Royaume-Uni. L’organisme est financé par ses membres, dont la majorité soumettent également des données. Ils reçoivent aussi des rapports à intervalles réguliers. Le CMI a parrainé une étude sur l’examen détaillé de l’effet de cohorte, dont les résultats ont été publiés en 2002 dans Working paper 1.

Dans le contexte du Royaume-Uni, l’effet de cohorte constitue un phénomène selon lequel les personnes nées entre 1925 et 1945 (centré sur la génération née en 1926) ont connu une amélioration plus rapide de la mortalité que celles nées avant ou après cette période. Le graphique suivant donne un aperçu plus instructif de l’effet de cohorte.


Figure 1. Amélioration de la mortalité selon l’âge et la décennie pour les hommes de la population de l’Angleterre et du pays de Galles. Source des données : Office of National Statistics (ONS), 2001.

Les données qui ont servi à la production de la figure 1 sont présentées dans le tableau 1. Les groupes d’âge qui affichent l’amélioration la plus rapide de la mortalité sont indiqués en caractères gras et on constate qu’ils se déplacent en diagonale, ce qui indique que la même cohorte de naissance a connu, de façon constante, l’amélioration la plus rapide de la mortalité.
 
On trouve dans le tableau 2 l’information équivalente pour les femmes. Les chiffres du tableau 2 indiquent que le même « effet de cohorte » que celui des hommes s’est appliqué exactement aux femmes. C’est un fait intéressant étant donné que l’importance relative des différentes causes de décès varie en fonction du genre.

Tableau 1
Amélioration de la mortalité selon l’âge et la décennie pour les hommes de la population de l’Angleterre et du Pays de Galles. Source des données : ONS, 2001.

Groupe d'âge
Décennie
  1960 1970 1980 1990
25-29 1,5 0,1 0,4 -0,9
30-34 1,7 1,4 -0,6 -0,8
35-39 1,7 1,0 0,3 0,9
40-44 0,1
2,1 2,1
0,5
45-49 -0,2
1,8
2,3
1,3
50-54 0,2
0,9
3,1
2,3
55-59 1,0
0,9
3,1
2,4
60-64 1,0
1,0
2,0
3,2
65-69 0,1
1,4
1,6
3,1
70-74 0,1
1,2
1,7
2,2
75-79 0,7
0,3
1,6
1,9

Tableau 2
Amélioration de la mortalité selon l’âge et la décennie pour les femmes de la population de l’Angleterre et du pays de Galles. Source des données : ONS.

Groupe d'âge
Décennie
  1960 1970 1980 1990
25-29 1,6
0,7
2,6 0,4
30-34 2,5 1,2 0,8 0,6
35-39 1,7 1,5 1,4 0,7
40-44 0,5 2,0 1,7 0,3
45-49 0,4 1,8 2,2 1,2
50-54 0,0 0,6 2,7 1,4
55-59 0,3 0,3 2,0 2,0
60-64 1,1 0,3 0,9 2,7
65-69 1,2 0,9 0,6 2,4
70-74 1,4 1,3 1,0 1,2
75-79 1,6 1,2 1,5 1,0

Qu’est-ce qui était si singulier aux gens nés entre 1925 et 1945 pour que leurs taux de mortalité soient nettement plus faibles que ceux des personnes nées avant ou après cette période? Les experts ont mis en lumière une combinaison de facteurs principaux qui ont mené à cet effet de cohorte :
 

a) La Seconde Guerre mondiale : Les gens nés dans les années 1930 et au début des années 1940 n’ont pas combattu dans un conflit mondial majeur, comme l’ont fait les générations précédentes au cours de la Seconde Guerre mondiale. Donc, on peut attribuer l’effet de cohorte à des effets néfastes subis par ces générations précédentes plutôt qu’à des effets bénéfiques éprouvés par les générations suivantes (nées dans la période de 1930 à 1945).

b) Le régime alimentaire : Le régime alimentaire dans la Grande-Bretagne de l’après-guerre a eu des avantages pour la santé des enfants qui ont grandi au cours de cette période. Le rationnement des vivres a duré jusqu’au début des années 1950, mais la consommation moyenne de légumes frais, de lait, de pommes de terre, de pain, de poisson, etc., était plus élevée durant les années de l’après-guerre. À l’inverse, la consommation de viande et de fromage était plus faible durant cette même période.

c) L'État-providence : La période après 1940 a été marquée par de grands changements sociaux au Royaume-Uni. Par exemple, le droit aux études secondaires est devenu universel en 1942 et le National Health Service a été créé en 1947. Il s'ensuit que l'environnement social des années 1940 était très différent de celui des décennies précédentes.

d) L'historique d'usage du tabac : L'historique d'usage du tabac de différentes générations est très différent. Durant la Deuxième Guerre mondiale, les cigarettes étaient distribuées gratuitement aux personnes en service actif; or, beaucoup de personnes nées dans les années 1920 ou plus tôt faisaient probablement partie des forces armées et fumaient abondamment. Toutefois, c'est après la guerre que les effets néfastes du tabac pour la santé ont commencé véritablement à faire l'objet d'études. Donc, au moment où les personnes nées dans les années 1930 ont atteint l'âge adulte, le lien entre le tabagisme et ses effets néfastes pour la santé était de plus en plus connu. En conséquence, la consommation de cigarettes a lentement commencé à diminuer. Par ailleurs, l'étude connue sous le nom de Doctors Study, qui portait sur l'impact du tabagisme sur la mortalité différentielle entre les fumeurs et les non-fumeurs, a été lancée en 1951.

e) Taux de natalité historiques : Un dernier point mais non le moindre est le fait que la «cohorte de naissance à amélioration élevée de la mortalité » coïncidait avec un creux dans les taux de natalité par rapport à la période située immédiatement avant et après celle-ci. Le graphique suivant clarifie ce point.

Figure 2. Naissances vivantes en Angleterre et au pays de Galles – de 1900 à 1970. Source des données : www.mortality.org.

Les taux de natalité ont augmenté de 31 % entre 1941 et 1945, ce qui peut être tout à fait pertinent. Une conséquence possible du changement important des taux est le fait que l'enfant «moyen » a des chances d'être assez différent de ceux nés immédiatement avant et après cette période. On constate d'autres preuves de ce fait en répartissant les taux de natalité au cours de cette période par classe socioéconomique. Parmi les taux de natalité à la baisse, si l'on constate que les taux de la classe aisée se sont améliorés par rapport à la classe moins aisée, la combinaison socioéconomique de la population change.

Une fois que l'on connaît bien les causes, il faut maintenant se poser la question suivante : en quoi cela touche-t-il les différentes tâches actuarielles? Les projections de mortalité publiées par le CMI dans son rapport CMIR 17 (plus communément appelées « la série 92 ») ne tenaient pas compte de l'impact de ces cohortes de naissance. Donc, en 2002, le CMI a produit les Interim Cohort Projections (projections de cohortes intérimaires), qui est un ensemble révisé de projections applicables à la série 92 :

a) Cohorte à long terme : selon cet ensemble d'améliorations, on suppose que les effets de cohorte diminueront peu à peu d'ici 2040.

b) Cohorte à moyen terme : selon cet ensemble, on suppose que les effets diminueront peu à peu d'ici 2020.

c) Cohorte à court terme : selon cet ensemble, on suppose que les effets diminueront peu à peu d'ici 2010.

Le domaine de l'analyse de la mortalité est un champ de recherche fascinant dont l'étude des cohortes n'est qu'une petite partie. Prédire la mort n'est pas une tâche facile, mais on peut au moins faire un petit effort pour comprendre la façon dont les vies humaines ont évolué et évolueront au fil du temps. Comme le dit le chanteur Kanye West, « Rien ne nous est promis dans la vie sauf la mort. »

Sources :
CMI, Working paper 1, http://www.actuaries.org.uk/research-and-resources/pages/cmi-working-paper-1.

Richard Willets, FFA. « Mortality in the next millennium », exposé présenté à la Staple Inn Actuarial Society, le 7 décembre 1999.

Abinash Churoria est membre étudiant de l'Institute of Actuaries of India et de la Faculty and Institute of Actuaries.

 

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