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Septembre 2017
 
 

Les actuaires sur la scène internationale : l’Indonésie

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par Bonnie Robinson

La profession actuarielle est bien enracinée dans les pays développés où elle est une composante essentielle de l’économie, en particulier dans les domaines de l’assurance, des régimes de retraite, des finances et de la gestion du risque. Pour les pays dont l’économie est émergeante, la mise sur pied et le maintien de la profession est un défi colossal. Les partenaires internationaux peuvent appuyer cette mise sur pied, mais ils doivent être prêts à s’engager durant plusieurs décennies.

La profession actuarielle en Indonésie

L’Indonésie, un membre du G20, est l’économie la plus importante dans le Sud-Est de l’Asie. Compte tenu de son industrialisation et de sa croissance rapide, les infrastructures financières du pays peinent à suivre le rythme et la profession actuarielle a souvent été négligée au tout début.

La Persatuan Aktuaris Indonesia (PAI), la société des actuaires de l’Indonésie, ait été fondée en 1964, soit un an plus tôt que l’Institut canadien des actuaires. Au départ toutefois, l’organisation a eu du mal à attirer des membres et des gens à travailler dans ce secteur d’activité.

« En Indonésie, les enfants sont encouragés à devenir ingénieur ou médecin », explique Jean Lowry, la directrice de projet chez READI (Risk Management, Economic Sustainability and Actuarial Science Development in Indonesia, gestion du risque, viabilité économique et développement de l’actuariat en Indonésie). « Ce sont les professions qui ont la cote; l’actuariat n’est pas populaire. »

Le partenariat avec READI

Au cours des deux dernières années, Mme Lowry et ses collègues Stefan Steiner (enquêteur principal) et Bill Duggan (directeur local) ont mené l’équipe de READI et travaillé de concert avec l’autorité des services financiers indonésiens (Otoritas Jasa Keuangan) pour aider la profession et l’éducation actuarielles à relever les défis auxquelles elles font face en Indonésie. Le soutien financier de 17 millions de dollars provient en majeure partie du gouvernement canadien par le biais d’Affaires mondiales Canada (15,3 millions), avec des fonds supplémentaires de Manulife Indonesia (1 million) et, enfin, de la Financière Sun Life (un demi-million).

Le programme READI comprend de brèves formations offertes par des professeurs de l’Université de Waterloo qui se déplacent en Indonésie pour enseigner, offrir des occasions de  mentorat, des bourses d’études de premier et de deuxième cycles, des subventions de recherche appliquée, des activités pour accroître l’intérêt envers les mathématiques et des occasions de stages en milieu de travail. De même, le programme offre une maîtrise accélérée d’une durée de 12 mois à l’Université de Waterloo pour les professeurs indonésiens intéressés à obtenir de l’expérience en actuariat.

Plus de 30 ans en Indonésie

Le programme READI a été mis sur pied suite à un partenariat d’une décennie entre les actuaires du Canada et de l’Indonésie. En 1985, Yves Guérard, membre de l’ICA, s’est rendu à Jakarta pour rencontrer le ministre des finances de l’Indonésie alors que le pays s’apprêtait à rédiger sa loi sur les régimes de retraites. « Le ministre des finances voulait promouvoir les programmes de régimes de retraite privés et s’assurer qu’ils soient financés adéquatement et en mesure de verser les prestations promises », explique M. Guérard.


Yves Guérard

« Puisque le pays est une ancienne colonie néerlandaise, il a hérité du droit civil. Il allait donc de soi que l’Indonésie fasse appel à un actuaire connaissant ce système juridique » explique-t-il. « En prenant l’Amérique du Nord comme modèle, il fallait quelqu’un de la Louisiane ou du Québec. » Entre 1985 et 1995, M. Guérard a ainsi effectué des visites régulières en Indonésie et mis en application ses compétences et son expérience actuarielles en sécurité sociale, en assurances, en régimes de retraites et en avantages sociaux. 

De 1996 à 2001, M. Guérard, alors associé conseil chez Ernst Young, était directeur d’un projet lancé dans le cadre d’une réforme du secteur financier (connu sous l’acronyme indonésien FISEK) et dont le but était d’offrir un soutien technique pour renforcer le secteur financier non-bancaire en Indonésie. C’est le prédécesseur d’Affaires mondiales Canada, l’Agence canadienne de développement international (ACDI), qui a accordé l’appui financier nécessaire. L’ICA a également fournit un soutien financier additionnel destinés aux actuaires. 

Favoriser la formation d’actuaires au pays

Alors que l’infrastructure réglementaire et financière de l’Indonésie progresse, M. Guérard porte son attention sur le manque d’actuaires formés au pays, mais pourtant nécessaires pour soutenir cette infrastructure. « Il y avait une demande croissante, mais pas assez de gens pour répondre à la demande potentielle immense du secteur des régimes de retraite et de l’assurance », explique-t-il. « Les actuaires n’avaient pas de véritable statut professionnel en Indonésie puisqu’il n’y avait pas de formation universitaire. Avec l’instauration d’une telle formation, la profession serait en mesure d’attirer les étudiants qui y voient la possible de faire une carrière viable. »

Après une longue carrière, incluant un mandat de 13 ans en tant que secrétaire-général au sein de l’Association actuarielle internationale (AAI), M. Guérard a pris sa retraite en 1999, mais a poursuivi son travail en Indonésie. « Au Canada, je suis un has-been », lance-t-il à la blague. « En Indonésie,  je suis un ‘expert international’ ». Il parle un peu l’indonésien et entretient des relations internationales, notamment auprès de la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement. « Tous les ans, il y a quelque chose à faire », ajoute-t-il.

Encore beaucoup à faire malgré des progrès considérables

M. Guérard est fier des progrès réalisés par l’Indonésie et de l’engagement canadien auprès de ce pays. L’écart salarial pour les actuaires diminuent (bien que les comptables gagnent des salaires plus élevés, le fossé est en train de se combler). De plus en plus d’étudiants indonésiens se tournent vers le domaine des sciences actuarielles. En 2007, la PAI ne comptait que 130 Fellows. Aujourd’hui, 256 Fellows et 256 associés viennent grossir ses rangs. Selon un article publié dans le Jakarta Post, à elles seules, les sociétés d’assurances en Indonésie auront besoin de 800 actuaires au cours des prochaines années. En 2007, après avoir travaillé pendant plusieurs années à l’amélioration et à la conformité de sa formation avec les normes actuarielles internationales, la PAI est devenu un membre à part entière de l’AAI.


Des étudiants indonésiens en mathématiques lors de l'événement
Think about Mathematics organisé par l'équipe READI.

Afin de maintenir sa croissance, l’Indonésie devra poursuivre l’édification d’infrastructures en assurance, en finances et dans d’autres domaines complémentaires de plus en plus complexes. Cela sera impossible si le pays ne peut s’appuyer sur une communauté actuarielle solide, formée au pays. À cet égard, les efforts de M. Guérard et d’autres actuaires ainsi que les programmes tels que READI illustrent comment un engagement à long terme peut aider les économies émergentes à atteindre leur plein potentiel.

Bonnie Robinson est la gestionnaire des communications à l’Institut canadien des actuaires.

 

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