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Janvier 2017
 
 

Un élan sans précédent dans la lutte aux changements climatiques

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par Catherine Jacques-Brissette, AICA

Les changements climatiques retiennent de plus en plus l’attention des gouvernements, des entreprises, des médias et du public dans le monde entier. En 2016, la lutte aux changements climatiques a connu un élan mondial sans précédent. Les gouvernements et les entreprises ont pris des engagements ambitieux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, démontrant une forte volonté d’évoluer vers une économie plus sobre en carbone. Une meilleure transparence quant aux risques financiers et aux opportunités liés au climat a été sollicitée par les investisseurs et mise en pratique par un nombre croissant d’organisations. Les événements clés ci-dessous démontrent que de nombreuses parties prenantes d’envergure à travers le monde reconnaissent que les changements climatiques représentent un risque considérable pour l’économie mondiale et que celui-ci devrait être contrôlé.

La COP de l’action

En novembre 2016, j’ai participé à la 22e Conférence des Parties (COP22) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). En effet, j’ai eu le privilège de me joindre à la délégation canadienne officielle à Marrakech, dirigée par l’honorable Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, en tant que représentante de mon employeur, Bell Canada. La COP est l’organe suprême de décision de la CCNUCC, qui réunit des dirigeants d’entreprises, des représentants gouvernementaux de tous les niveaux et des membres de la société civile de près de 200 pays.

La COP22 a été un moment décisif dans les discussions internationales sur le climat, assurant la transition entre les années de négociations ayant mené à l’Accord de Paris et la nouvelle ère ciblée sur sa mise en œuvre. L’Accord de Paris est un accord international convenant de réduire les émissions de gaz à effet de serre planétaires à un niveau susceptible de limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels. L’accord est entré en vigueur beaucoup plus tôt que prévu, soit juste avant l’ouverture de la COP22. Au moment d’écrire ces lignes, il a été ratifié par 118 parties, incluant le Canada, la Chine, les États-Unis, l’Inde et l’Union européenne.

À la COP22, les parties ont conjointement déclaré que l’« élan extraordinaire en matière de lutte contre les changements climatiques, partout dans le monde... est irréversible ». Dans la Proclamation d’action de Marrakech, les délégués ont affirmé leur engagement pour la mise en œuvre complète de l’Accord de Paris. Afin d’atteindre cet objectif, la communauté internationale a commencé à mettre sur pied le règlement d’opérationnalisation de l’Accord de Paris (Paris rule book), qui devrait être finalisé d’ici 2018.

Le plan d’action du Canada

Durant la COP22, le gouvernement canadien a annoncé son intention de réduire les émissions nationales de 80 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2050, conformément au seuil de 2°C prévu dans l’Accord de Paris. En décembre 2016, les premiers ministres canadiens ont publié le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques, décrivant leur plan « pour faire croître l’économie du pays tout en réduisant les émissions et en développant nos capacités d’adaptation face à l’évolution du climat ». Le modèle fédéral de tarification de la pollution par le carbone est au cœur de ce plan.

Initiatives du secteur privé

Des entreprises dans le monde entier ont également mis en place des plans d’action ambitieux pour gérer le défi que représentent les changements climatiques. Depuis la COP21 en décembre 2015, le nombre d’organisations ayant pris des engagements liés au climat via la coalition We Mean Business a plus que doublé. Au terme de la COP22, 200 compagnies, totalisant 4,8 billion $ de valeur marchande, avaient établi des cibles de réduction d’émission fondées sur la science et en ligne avec la limite de 2°C prévue dans l’Accord de Paris. Pendant la COP, j’ai assisté à un événement mettant en vedette des dirigeants de grandes entreprises à travers le monde qui expliquaient pourquoi la décision de faire leur juste part dans la lutte aux changements climatiques est sensée sur le plan des affaires. Cet événement a également mis l’accent sur l’augmentation rapide du nombre de compagnies planifiant ou ayant déjà mis en œuvre une tarification interne sur leurs propres émissions carbone, totalisant plus de 1 200 entreprises en septembre 2016.

Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques

En décembre 2016, le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (Task Force on Climate-related Financial Disclosures, connu sous le nom de « Bloomberg task force ») créé par le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board) a publié ses recommandations. Celles-ci ont pour but d’appuyer les organisations dans la divulgation des risques financiers et des opportunités liés au climat dans leurs rapports financiers traditionnels. Cette transparence accrue vise à favoriser une meilleure évaluation des impacts financiers des changements climatiques, ainsi que des décisions optimales en matière de placement, de prêt et de souscription d’assurance. En fin de compte, une divulgation efficace de ces risques contribuerait à une transition vers une économie plus sobre en carbone bien orchestrée, plutôt que précipitée, minimisant ainsi la perturbation des marchés financiers.

Le groupe de travail a élaboré quatre recommandations applicables à grande échelle sur la divulgation des risques financiers et des opportunités liés au climat pour les entreprises de tous secteurs et juridictions. Des conseils supplémentaires ont également été adressés aux organisations du secteur financier, y compris les banques, les sociétés d’assurances, les gestionnaires d’actifs et les investisseurs institutionnels, incluant les caisses de retraite. Les investisseurs réclament de plus en plus une divulgation complète des risques reliés au climat. D’ailleurs, de nombreux gestionnaires d’actifs et investisseurs institutionnels mondiaux ont assisté à la COP22. Le « Bloomberg task force » reçoit déjà beaucoup d’attention du secteur financier et on peut s’attendre à ce qu’il modifie les règles du jeu dans les années à venir.

La profession actuarielle

Les changements climatiques impliquent des risques considérables et complexes ayant un impact sur de nombreux secteurs économiques. Ainsi, les actuaires ont intérêt à comprendre ces répercussions éventuelles à long terme, car elles peuvent avoir une incidence sur les hypothèses qu’ils posent pour évaluer la valeur des actifs et des passifs ainsi que les coûts d’exploitation. Les secteurs de l’assurance et de la réassurance tiennent déjà compte de ces risques dans leurs hypothèses et ont commencé à élargir leur couverture des risques climatiques, afin d’offrir de meilleurs outils de gestion de risque à leurs clients. D’ailleurs, plusieurs sociétés d’assurances et de réassurance ont assisté à la COP22.

Puisque les changements climatiques constituent des défis systémiques mondiaux, ils requièrent par conséquent une approche multidisciplinaire, ce qui était mis bien en évidence à la COP22 par la grande diversité des professions et des secteurs économiques des participants. Conjuguée à la collaboration avec les parties prenantes, l’expertise actuarielle en matière d’analyse de risque peut servir l’intérêt public en gérant les éventualités financières associées aux différents risques climatiques, ainsi qu’en contribuant à la conception des politiques pour contrôler ces risques.

L’Indice actuariel climatiqueMC (IAC) lancé récemment et l’Indice actuariel des risques climatiques (IARC) à venir sont d’excellents exemples illustrant comment les techniques actuarielles existantes peuvent être déployées dans le domaine des changements climatiques, en collaboration avec d’autres parties prenantes (c.-à-d. les climatologues dans ce cas-ci). Ces indices tirent profit de l’expertise actuarielle dans l’évaluation et l’atténuation des conséquences financières du risque afin d’analyser les changements climatiques.

Je suis persuadée que la profession actuarielle peut jouer un rôle significatif dans la lutte aux changements climatiques et j’ai bien l’intention de continuer d’appuyer l’ICA à cette fin, en collaboration avec la Commission sur les changements climatiques et la viabilité.

Catherine Jacques-Brissette, AICA, est la présidente de la Commission sur les changements climatiques et la viabilité de l’ICA et spécialiste en responsabilité d’entreprise et environnement à Bell Canada.

 

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