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Avril 2016
 
 

Les soins de santé : un domaine de pratique émergent à l’horizon

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par Bonnie Robinson

Rares sont ceux qui oseraient nier le fait que le système de santé du Canada est en difficulté. La population du pays est vieillissante et les coûts des soins de santé montent en flèche. Les actuaires interviennent de plus en plus dans les démarches visant à assurer la viabilité du système de soins de santé canadien.

« Si l’on examine les soins de santé en général, nous y avons recours, mais nous n’en faisons jamais le suivi d’un point de vue actuariel », affirme Pierre-Yves Julien, président et chef de la direction de Croix Bleue Medavie et président de la Commission de la santé de l’ICA. « On prend des décisions ayant des conséquences à long terme sans vraiment se soucier de la viabilité. Les actuaires possèdent des compétences qui pourraient avoir une incidence sur les décisions en matière de soins de santé. Nous pouvons faire en sorte que, lorsqu’il est question de soins de santé, on se tourne vers les actuaires pour étayer les impressions par des faits. »

Le rôle crucial que peuvent jouer les actuaires dans cette discussion a fait l’objet d’une récente campagne publicitaire de l’ICA. La campagne a totalisé plus de 8,3 millions de publicités dans les médias imprimés, télévisés et numériques dans le quotidien The Globe and Mail, La Presse, The Hill Times, Options politiques, iPolitics, CBC News Network et CBC RDI. La portion médias sociaux de la campagne a totalisé presque un demi-million de publications sur Facebook, LinkedIn et Twitter. « Cette campagne intégrée a bien rempli sa mission de sensibiliser le public en ce qui concerne l’ICA et le rôle que les actuaires peuvent jouer dans le domaine des soins de santé », affirme Jacques Leduc, directeur, opérations, finances et administration, de l’ICA.

Les approches actuarielles en matière de soins de santé

Ella Young, directrice de société, gestion du risque d’entreprise, et directrice, continuum de soins et analyses actuarielles au sein de Vancouver Coastal Health et membre de la Commission de la santé, a également fourni des commentaires. « En matière de soins de santé, il y a de nombreuses possibilités pour les actuaires de mettre à profit la modélisation prédictive pour donner au système une meilleure chance de pouvoir gérer la population susceptible de présenter un risque élevé », dit-elle.

Selon elle, le salaire constitue l’un des défis de l’intégration des actuaires dans le domaine des soins de santé. Elle dit aussi « qu’il est difficile d’avoir accès à des données identifiables en matière de soins de santé, même pour ceux qui œuvrent dans le domaine. Le secteur de la santé est prudent et protège les renseignements personnels. » Étant donné que les actuaires ne sont pas présents dans ce domaine, le secteur public en est venu à recourir à d’autres expertises, notamment celles des économistes de la santé, des statisticiens, des épidémiologistes, etc.

« Plusieurs prétendent pratiquer la modélisation prédictive », ajoute Mme Young. « Que vous la pratiquiez ou non dépend de la façon dont elle est définie. En l’absence d’une définition commune, il est difficile de comparer. » Elle a constaté que la plupart des hauts dirigeants ne sont pas au courant de ce fait et que les modèles prédictifs que leur présentent leurs employés ne sont peut-être pas toujours adéquats. « Au final, si le modèle prédictif n’a pas répondu aux questions ou ne s’est pas avéré exact, on en retiendra que la modélisation prédictive n’est pas utile, ce qui nuit à sa réputation et peut avoir des conséquences négatives sur les actuaires. »

Pendant plusieurs années, Mme Young a eu la chance de travailler auprès de hauts dirigeants qui comprenaient que les modèles qu’ils recevaient n’étaient pas adéquats. « La banque de données sur laquelle j’ai été en mesure de fonder mes modèles présente un degré d’exactitude qui surpasse ce qu’on peut lire dans les revues spécialisées », dit-elle. Mme Young est également en mesure d’assurer une liaison avec des groupes de patients qui ont atteint un état final dont ils aimeraient sortir, cet état où la vie n’est devenue que rendez-vous médicaux et administration de médicaments. « Nous nous concentrons là-dessus et nous travaillons avec le fournisseur pour tenter d’aider les gens à ne pas se rendre à ce point, en espérant que cela soit aussi rentable. »

L’œuf ou la poule?

« Le secteur des soins de santé est un animal unique », ajoute-t-elle. « Il est difficile d’y trouver une certaine valeur pour les gens qui n’en font pas partie et(ou) qui ne le comprennent pas, ce qui est le cas de plusieurs conseillers. Si nous arrivons à satisfaire raisonnablement aux exigences visant la protection des renseignements personnels et d’autres enjeux connexes, les choses pourraient changer.

« Les actuaires doivent élaborer une proposition de valeur qui leur est exclusive », soutient-elle. « Il leur faut distinguer leurs compétences. Sans les bonnes données, c’est impossible. »

Documents de recherche de l’ICA

L’ICA a parrainé plusieurs documents de recherche portant sur le système de santé canadien, dont La viabilité du système de soins de santé du Canada et répercussions sur la révision du Transfert canadien en matière de santé en 2014 (une co-publication avec la Society of Actuaries), La modélisation des dépenses futures en soins de santé et les besoins en ressources au Nouveau-Brunswick et Rapport sur une étude d’expérience portant sur les avantages postérieurs à l’emploi: l’assurance-maladie complémentaire et dentaire. L’Institut a récemment publié une position publique sur un régime national d’assurance-médicaments. Dans ce document, il préconise, entre autres choses, le recours à l’expertise actuarielle pour favoriser la compréhension des répercussions des coûts et du financement, ainsi qu’une analyse et une évaluation plus vastes et plus complètes de la conception et des coûts futurs du système de soins de santé canadien.

« La position publique sur un régime national d’assurance-médicaments a fait l’objet d’un long processus parce que, à certains moments, des membres de la commission (de la santé) souhaitaient y inclure une opinion quant au bien-fondé ou à la faiblesse des options possibles », indique M. Julien. « Il importait que le document n’offre aucune opinion, mais permette plutôt à ses lecteurs de se faire une opinion, c’est-à-dire de fournir un cadre permettant de prendre des décisions plutôt qu’une opinion quant à une option en particulier. » Selon M. Julien, le document produit par la commission « est dans l’intérêt public et ne constitue pas une opinion quant au plan d’action qu’il convient de mettre en œuvre. Il contribue à positionner l’Institut publiquement tout en ayant l’appui des membres. »

Projets futurs de la Commission de la santé

M. Julien ajoute que le travail de la Commission de la santé est loin d’être terminé. En mars, le groupe a entrepris le stade suivant de ses travaux concernant le régime d’assurance-médicaments, soit un examen des études auxquelles on a eu recours pour rédiger l’énoncé de position relatif au régime national d’assurance-médicaments. « Nous désirons procéder à une analyse afin de dégager les éléments qui ont été utilisés dans ces études et ceux qui ont été négligés », indique M. Julien. Ce travail permettra à la commission de déterminer si des données sont disponibles au sujet des éléments manquants et de donner à la Commission de recherche la directive de tenter de les trouver.

Il y a aussi à l’horizon la publication d’un projet de recherche concernant l’élaboration d’un modèle de ressources aux fins de la projection des tendances à long terme en ce qui concerne les coûts des régimes de soins de santé des employeurs. Ce modèle pourrait offrir aux actuaires une ressource aux fins de l’estimation du passif à déclarer à l’égard des prestations pour soins de santé et autres avantages sociaux postérieurs à l’emploi conformément aux normes comptables.

M. Julien préconise l’adoption d’une démarche pratique et consciencieuse à l’égard de l’expansion de l’actuariat à d’autres domaines, en particulier les soins de santé. « Si nous souhaitons nous assurer une présence dans d’autres secteurs, il y a encore à faire pour nous assurer d’être en mesure d’y appliquer nos compétences », soutient-il. « La démarche qui consiste à trouver des données demeure un élément du parcours que nous souhaitons suivre. Nous ne sommes qu’au début de ce parcours; d’ici trois ou quatre ans, nous aurons en main les éléments de base qui nous permettront de prêter main-forte à ceux qui se tourneront vers les actuaires pour obtenir du soutien. »

Bonnie Robinson est la rédactrice anglaise du siège social de l’ICA.

 

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