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Novembre 2013
 
 

Mise en garde : L’état de préparation insuffisant du Canada en cas de séisme pourrait lui coûter cher

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Une nouvelle étude réalisée par des spécialistes en assurance et recourant à une modélisation exhaustive révèle que s'il ne se prépare pas en vue de faire face à un séisme majeur, le Canada subira des coûts économiques et des pertes assurables substantiels.

Ce rapport produit par AIR Worldwide a été commandé par le Bureau d’assurance du Canada (BAC) afin d’analyser l’impact de deux événements sismiques majeurs. Il prévoit des pertes importantes si les scénarios modélisés d’un séisme d’une magnitude de 9,0 dans la zone située au large de l’île de Vancouver et d’un séisme de 7,1 à environ 100 km au nord-est de Québec.

Ces scénarios, conclut le rapport, démontrent la nécessité pour le Canada de se doter d’une stratégie nationale d’intervention en cas de tremblement de terre.

AIR, un cabinet de modélisation des risques catastrophiques, a élaboré les scénarios pour l'ouest et l'est et a donné une estimation totale des pertes économiques et des sinistres assurés dans chaque cas. Les deux régions choisies sont particulièrement à risque compte tenu de la densité de leur population et de leur niveau élevé d’activité sismique, préviennent les experts d’AIR : « Bien que ces deux zones sismiques ne représentent qu’une petite partie de la superficie du Canada, elles touchent environ 40 % de la population du pays ».

Dans le scénario de l’ouest, les pertes économiques se chiffreraient à 74,7 G$1 et les pertes assurables à 20,4 G$, tandis que dans le scénario de l'est, ces pertes s'élèveraient respectivement à 60,6 G$ et 12,2 G$.

Les pertes assurables par risque des deux scénarios se détaillent comme suit :

  • Scénario de l’ouest : secousse, 17,1 G$; tsunami, 1,1 G$, incendie post-séisme, 337 M$; liquéfaction et glissement de terrain, 1,9 G$.
  • Scénario de l’est : secousse, 11,5 G$; incendie post-séisme, 628 M$; liquéfaction et glissement de terrain, 56 M$.

En ce qui concerne les pertes économiques prévues pour le scénario de l’ouest, les risques de secousse, de tsunami, d’incendie post-séisme et de liquéfaction et de glissement de terrain engendreraient des pertes directes de 58,6 G$ au chapitre des biens, de 1,9 G$ à celui des infrastructures et de 1,5 G$ à celui des biens publics. Au total, les pertes directes s’élèveraient à 62 G$, tandis que les conséquences indirectes sont estimées à 12,7 G$.

En ce qui concerne les pertes économiques prévues pour le scénario de l’est, les risques de secousse, d’incendie post-séisme et de liquéfaction et de glissement de terrain engendreraient des pertes directes de 45,9 G$ au chapitre des biens, de 2,0 G$ à celui des infrastructures et de 1,4 G$ à celui des biens publics. Au total, les pertes directes s’élèveraient à 49,3 G$, tandis que les conséquences indirectes sont estimées à 11,3 G$.

AIR affirme que cette étude constitue un exercice hypothétique plutôt qu’une prédiction d’événements futurs. Cela dit, l’impact des événements et les projections du coût des pertes peuvent être considérés comme de bons indicateurs des conséquences probables que pourraient entraîner des événements similaires, ajoute la société. Les deux scénarios sont attribuables à des sources sismiques et sont similaires à des tremblements de terre survenus dans le passé. « Les tremblements de terre de la magnitude représentée dans les modèles sont des séismes à basse fréquence, qui présentent 0,2 % de probabilité de se produire dans ces endroits en toute année donnée, mais qui menacent de causer une dévastation dont l’ampleur justifie une planification et une préparation immédiates. »

Le BAC a indiqué que les constatations de l’analyse révisée par des pairs ne laissent « planer aucun doute que nous (le Canada) ne sommes pas prêts à faire face à un important tremblement de terre qui pourrait secouer le Canada n’importe quand et avoir de graves répercussions économiques ».

Don Forgeron, président et chef de la direction du BAC, souligne ceci : « Le risque d’un tremblement de terre important concerne tous les Canadiens, pas seulement ceux qui vivent dans des zones à haut risque. Des séismes d’une telle intensité auraient un effet domino sur l’économie canadienne en raison des dommages matériels, de l’interruption de la chaîne d’approvisionnement, des pertes de services, des défaillances des infrastructures et des pertes d’exploitation. »

Et il ajoute : « Les assureurs, les gouvernements et tous les Canadiens ont la responsabilité de se préparer. Si un mégaséisme survenait dans une région densément peuplée, l’assurance ne pourrait pas couvrir à elle seule tous les dommages. »

Toutefois, indique M. Forgeron, l’étude démontre que les mesures d’atténuation, comme l’augmentation de la résilience des bâtiments et des infrastructures, « peuvent réduire les pertes économiques d’un tiers ou plus. Voilà pourquoi nous préconisons une démarche préparatoire intégrée à la menace sismique. »

Le BAC prévoit faire sa part pour faire progresser le dialogue à l’échelle nationale sur la façon de se préparer à l’éventualité d’un mégaséisme, soit un séisme plus important que celui d’une périodicité de 500 ans et qui dépasse la capacité de souscription de l’industrie. Le BAC s’engage à collaborer étroitement avec les gouvernements, l’industrie des services financiers et des organisations non gouvernementales pour assurer la mise en place d’un cadre national d’intervention avant que ne frappe un tremblement de terre.

Et M. Forgeron ajoute : « L’étude est un outil précieux qui sera mis à la disposition des gouvernements, des responsables de la réglementation, des organisations de préparation aux catastrophes, du secteur bancaire, de l’industrie de l’assurance et du grand public. »

Depuis la publication par La Munich Réassurance, il y a 20 ans, de la dernière étude de l'impact d’un tremblement de terre au Canada, les choses ont changé, tout comme notre compréhension de l’impact potentiel d’un tremblement de terre majeur. Au nombre de ces changements, le rapport mentionne le développement des villes et des infrastructures, la croissance économique et démographique, les progrès réalisés dans la recherche sismique et les codes du bâtiment, de même que les modifications apportées aux lois. Les auteurs de l’étude ajoutent : « De plus, l'expérience récente indique que les risques que représentent les tsunamis, la liquéfaction et les pertes d'exploitation n'étaient pas nécessairement compris ni pris complètement en considération dans l'évaluation des risques liés aux tremblements de terre. »

On peut accéder ici au rapport, qui s’intitule Étude d'impact et des coûts d'assurance et coûts économique d'un séisme majeur en Colombie-Britannique et dans la région du Québec et de l'Ontario.

1 Tous les chiffres présentés sont approximatifs.
 

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